« Vengeances » de Philippe Djian, par Nathalie Crom (Télérama)

vengeances

 

Peut-être est-ce lui qui a changé. Ou bien notre regard sur lui qui n’est plus le même. Ou les deux à la fois. Toujours est-il que, depuis une douzaine d’années, Philippe Djian s’affirme, livre après livre, comme une présence nécessaire dans le paysage littéraire. Non plus dans le rôle, qui longtemps lui fut assigné, du romancier marginal et rebelle, nourri de culture made in USA. Mais endossant désormais, avec une aisance impeccable, celui du moraliste, posant sur l’homme occidental contemporain un regard d’une grande netteté, d’une implacable ironie. Qu’ils aient 40 ans ou la soixantaine, qu’ils soient écrivain, professeur ou tueur en série, peu importe, ils sont tous frères, les Francis, les Roger, les Michel que Djian met en scène. Signe astrologique : égocentriques ascendant infantiles. Génération irresponsable, sans mémoire et sans noblesse, ayant engendré des jeunes gens carbonisés sitôt l’adolescence. C’est une nouvelle fois le canevas que Djian a posé sur sa table de travail, entreprenant d’écrire le succulent et cruel Vengeances. Au centre duquel est Marc – un plasticien de 45 ans, plutôt porté sur le sexe, l’alcool et la poudre -, qui, laminé par le chagrin et le remords après le suicide de son fils de 18 ans, s’attache à la jeune Gloria qui débarque dans sa vie sans crier gare… A priori, Vengeances est un polar – et autant dire que le double talent de scénariste et de monteur que possède Djian, à un haut degré de maîtrise, fait merveille en cet exercice. Mais surtout, Vengeances, c’est du Djian pur jus, un mélange corsé de noirceur et d’alacrité, de burlesque et de désenchantement absolu.

 

Nathalie Crom, Télérama n° 3203, 04/06/2011

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