Philippe Djian, invité de Culture Buissonnière (RFI, 29/08/11)

 

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Philippe Djian sera l’invité de « Culture Buissonnière » diffusée le lundi 29 août, sur RFI (de 7 à 8 heures, rediffusion entre 14 et 15 heures). L’émission sera disponible en ligne après diffusion.

 

 

 

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« Chemins d’écrivains » : Philippe Djian (RTL, 07/08/11)

Devant l'Hötel du Palais, à Biarritz

Ce dimanche 7 août, Philippe Djian vous propose son chemin d’écrivain vers l’enfance à Biarritz.

Écouter l’émission

 

 

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« Vengeances, de Philippe Djian » (Jean-Baptiste Harang, Le Magazine Littéraire, Eté 2011)

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On a lu tous les livres de Philippe Djian et on n’avait encore rien vu : Djian vient d’inventer un nouveau signe de ponctuation ! C’est le premier signe du livre, un poing fermé, l’index tendu, toujours tourné vers la droite, il indique la sortie, un sauve qui peut, sortie de secours, un peu comme dans certains bistrots on flèche les toilettes ou les extincteurs, ou bien ce revolver imaginaire qu’un enfant mime avec sa main, pan t’es mort. Et des morts, il y en aura, forcément, c’est la vie. Il y en a quarante-huit de ces petites mains noires comminatoires qui finiront bien par nous conduire jusqu’à la fin, groggy sur le trottoir, sonné par le videur.

Comme tous les signes, ce poing barre signifie, il manquait à notre typographie, à l’exact opposé du point final, c’est un poing initial. C’est un signe de cinéma, il ne marque pas un simple passage du champ au contre-champ, mais, plus acrobatique, un changement de côté par rapport à la caméra : le roman commence à la première personne, face caméra, Marc raconte l’histoire, son histoire, vue de sa fenêtre, il a 50 ans, il est plasticien, et son fils Alexandre, à 18 ans, l’année passée, s’est tiré une balle dans la tête, un an de deuil, c’est un peu court pour un père. Poing barre. Nous sommes maintenant de l’autre côté de la caméra, le récit se poursuit à la troisième personne, c’est la même histoire, mais l’empathie s’éloigne, Marc est un autre, un type qu’on regarde et qui ne dit plus rien, un narrateur anonyme s’en charge. Poing barre. C’est de nouveau Marc qui parle. Quarante-huit fois l’auteur nous contraint à changer de focale, il nous balade, du dedans au dehors, de droite à gauche, ça va moins vite qu’une balle de tennis, mais le torticolis guette. Le procédé n’est pas gratuit, il fonctionne et parvient à laisser le lecteur le cul entre deux chaises, dont l’une est glaciale et l’autre rougeoie de braises. Et lorsqu’on a trouvé ses marques, très vite, pris par l’histoire, on se dit que sans ces petits poings noirs à l’index bandé on aurait marché quand même, trouvé tout seul la bonne focale, c’est facile à dire, maintenant qu’ils nous ont mené vers la sortie.

Marc boit comme un sourd, et respire un peu de poudre, ses affaires ne vont pas si mal, mais lui sait qu’il ne crée plus grand-chose de fort. Son agent, Michel, est un ami d’enfance, Anne, sa femme, est une ancienne fiancée de Marc, mais ce sont des choses qui arrivent. Marc recueille une jeune fille, Gloria, belle, paumée et mal gracieuse, c’est la fiancée de son fils suicidé, Marc s’y attache, plus par culpabilité que par affinité. Marc est seul, la mère d’Alexandre est partie depuis longtemps, et Élisabeth l’a quitté. Voilà tout est en place pour le pire. Gloria va vamper Michel, Anne Marc, vengeances à tous les étages. Gloria disparaît. On la retrouve dans le coma, violentée et violée. Bon, vous ne voudriez tout de même pas qu’on vous raconte la fin, sachez seulement qu’il vous reste quatre douzaines de coups de poing barre à prendre dans la tronche, et vous ne les aurez pas volés.

 

Jean-Baptiste Harang, Le Magazine Littéraire n°510, Juillet-août 2011

 

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« Les enfants de Djian » (Frédéric Beigbeder, Lire, Été 2011)

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A lire, la rubrique « Mauvaise foi » de Frédéric Beigbeder, dans le magazine Lire (Juillet-Août 2011). Intitulée « Les enfants de Djian », elle évoque l’influence de l’écrivain sur la nouvelle génération.

 

Les enfants de Djian, par Frédéric Beigbeder

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

 

 

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La vie rêvée de Philippe Djian (La Presse, 02/06/11)

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Vengeances, 19e roman de Philippe Djian, est sorti depuis peu en France et arrivera au Québec dans quelques jours. À 62 ans, à Paris ou Biarritz, le romancier se partage entre l’écriture, sa collaboration avec Stephan Eicher et des projets multimédia.

 

Philippe Djian m’a donné rendez-vous aux confins nord-est de Paris, au Pavillon du lac, la vieille buvette des Buttes-Chaumont, plus beau parc paysager de la capitale. En fin de matinée, par un vendredi plutôt gris, l’endroit est presque désert.

Ça tombe bien, car l’écrivain culte d’une génération, fringant rocker de 62 ans, passablement médiatisé, préfère passer inaperçu. Nomade, il a toujours habité dans des lieux où il ne risquait pas de rencontrer des collègues, des admirateurs ou des journalistes: un jour à Bordeaux, un autre à Cape Cod, un troisième à Florence. Ces jours-ci, il a planté sa tente dans ce lointain 19e arrondissement, en bordure des Buttes-Chaumont. Mais il passe le plus clair de son temps reclus près de Biarritz, lieu pas particulièrement branché, qui a cette vertu de ne pas être sur la Méditerranée et de regarder vers l’Amérique.

«Je ne veux pas avoir l’air de faire dans la coquetterie, dit-il, mais ça m’embête qu’on m’accoste en public. Lorsque quelqu’un me demande si je suis Philippe Djian, je réponds que non. Si on me dit: «J’aime bien ce que vous faites», je dis merci, mais ça me gêne. Qu’est-ce que vous voulez que je dise?»

Pour ce qui est de fréquenter Jean d’Ormesson, Philippe Sollers ou autres notables des lettres parisiennes, ce n’est pas du tout à son programme. Deux jours avant cette rencontre au Pavillon du lac, il s’est bien pointé au somptueux cocktail du 100e anniversaire de la maison Gallimard, son éditeur… mais pour donner un extrait du spectacle musicolittéraire qu’il promène depuis trois ans avec son vieux copain Stephan Eicher. Au mois de mai, il a même réussi à bouder le Festival de Cannes, où le cinéaste André Téchiné présentait le film tiré de son roman Impardonnables.

Projet ambitieux

Peu porté sur les mondanités, donc, mais pas du tout asocial: il adore passer du temps avec son vieux pote Stephan Eicher à la faveur des tournées de leur spectacle. Et au fil des ans, il s’est fait quelques vrais amis chez les romanciers: Jean et Olivier Rolin, Jean Echenoz, Marie Darrieussecq, Michel Houellebecq, Virginie Despentes. «Vous savez, dit-il, écrire c’est une activité solitaire et chiante, en tout cas c’est un vrai travail, alors c’est bien de se retrouver de temps à autre avec d’autres artistes.»

Au cours de la dernière année, il a ainsi consacré beaucoup de temps à un projet ambitieux qui lui tenait à coeur: «C’était avec Patrick Zelnik, cofondateur de Virgin et patron de la maison de disques Naïve. L’idée consistait à transformer le vieux théâtre de la Gaîté lyrique en un centre de création et d’échange où on aurait mélangé des écrivains, des musiciens, des performeurs, des cinéastes. Pendant plusieurs mois, j’ai sillonné l’Europe, New York et Los Angeles. Mon copain Tim Robbins était d’accord pour venir produire ses pièces à Paris, Jim Jarmusch était dans le coup, de même que Houellebecq ou Darrieussecq. Mais la Caisse des Dépôts, qui devait assurer le financement, s’est retirée brusquement. Aujourd’hui, j’essaie de remonter un lieu de rencontre, mais autour d’une revue, que publierait Gallimard.»

D’abord l’écriture

Petit détail, le roman qu’il devait donner à son éditeur était à peine entamé: «J’ai demandé à Antoine (Gallimard) ce qu’il avait prévu: publication début juin et livraison fin mars! J’ai donc été forcé de m’enfermer trois ou quatre mois et de ne faire que ça.»

Vengeances, son 19e roman publié depuis 1981, a donc été terminé le 2 avril à 23h41, comme l’auteur le précise à la toute fin du texte. D’une certaine manière, il s’agit, comme dans d’autres romans, de la poursuite d’une sorte de récit personnel où le narrateur, artiste dans la cinquantaine, est un personnage qui ressemble beaucoup à l’auteur, pour le mode de vie, et parfois les abus. «Bon, son fils s’est suicidé à 18 ans, et lui-même boit comme un trou, ce qui n’est pas mon cas. Mais c’est pour l’essentiel une variante sur un thème constant: une exploration de mon propre univers. Et ce qui compte pour moi, ce n’est pas d’abord l’histoire, mais l’écriture. Au départ, j’ai fait des romans qui se déroulaient dans une Amérique fantasmée, mais c’est le style qui voulait ça. Céline, qui fut pour moi une révélation, disait que si l’on avait envie d’histoires, on n’avait qu’à lire les faits divers dans les journaux. L’essentiel chez Céline, c’est le langage. C’est ce qui m’intéresse.»

Le public suit. Dès sa sortie, Vengeances a fait son apparition dans la liste des meilleures ventes. La critique, qui avait été longtemps hostile ou méprisante vis-à-vis de ce marginal de la littérature, est désormais dithyrambique. Du Figaro à Libération, tout le monde encense aujourd’hui Philippe Djian.

Aujourd’hui encore, il lui arrive d’avoir une petite bouffée de mauvaise foi, par exemple contre «ce Bernard Pivot qui en dix ans n’a pas été foutu de faire la critique d’un bouquin qui m’intéresse» … Le ton monte d’un cran: «En quoi ce type serait-il qualifié pour désigner un prix Goncourt? Mettez deux vieux hussards des lettres, un Pivot, un couillon, un mec qui boit et hop! le Goncourt est attribué à Didier Van Cauwelaert!»

Mais tout ça est de l’histoire ancienne: Bukowski, Fante et Brett Easton Ellis sont adulés en France, et d’autres «voyous», Houellebecq ou Despentes, ont été couronnés par les jurys. Djian, de son côté, demeure sur le long terme l’un des auteurs les plus vendus et lus en France. Lui qui avait triomphé avec 37,2 le matin n’avait plus eu un seul roman porté au cinéma depuis 1986.

«Et soudain tout arrive, dit-il: Téchiné, que je ne connaissais pas du tout, a adapté Impardonnables, qui sortira à l’automne. Les frères Larrieu ont acheté Incidences. Des Allemands ont pris une option sur Sotos. Et surtout, Polanski souhaiterait qu’on collabore, ce qui est extraordinaire! Est-ce que c’est la vie rêvée pour moi? En tout cas, j’écris comme je le sens et j’en vis plutôt bien. Je fais mes chansons avec Stephan. C’est vrai: j’ai une super belle vie!»

Louis-Bernard Robitaille, La Presse, 02/06/11

 

 

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