Philippe Djian et Stephan Eicher, invités du Grand Journal d’Antoine de Caunes le 20 novembre 2013

Le Grand Journal, C +

Philippe Djian et Stephan Eicher sont les invités du Grand Journal de Canal Plus, présenté par Antoine de Caunes, le mercredi 20 novembre 2013. Philippe Djian viendra parler de Love Song, et Stephan Eicher interprétera L’exception en live sur le plateau.

Le Grand Journal, C +, 19:10-20h25

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Djian : « Dans les maisons de disques, on n’aime plus la musique » (Europe 1, 21/09/13)

 


Djian : « Dans les maisons de disques, on n’aime… par Europe1fr

 

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Entretien avec Philippe Djian à propos de « L’envolée » (Bayon, Libération, 25/01/13)

 

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«L’un conduit le tank, l’autre s’occupe du canon»

 

Suivant une envie patiente, pour qu’il ne soit pas dit que l’heure est passée de l’Envolée, nous y voilà, résolument installés, prenant notre temps avec le partenaire d’élite inactuel du chanteur d’ailleurs Stephan Eicher. L’écrivain-parolier de renom Philippe Djian, envolé lui-même en vacance, nous répond finalement mot à mot par mail de ceux d’Envolée, depuis une chambre d’hôtel parisienne le 14 janvier.

Combien de temps prend une chanson du romancier Philippe Djian pour Stephan Eicher le chanteur ?

Je mets environ un an pour écrire un livre. Par beau temps, je parviens à attraper, disons 100 000 lecteurs. Ecrire le texte d’une chanson me prend quelques heures, jamais plus d’une journée. Des millions de gens vont l’écouter, l’entendre. J’aime ces chiffres, ils m’amusent. Ils sont amusants, non ? Cette disproportion…

Ecrire livre, écrire couplets : la différence ?

Dans un bon roman, on doit trouver un rythme, une respiration pour chaque phrase, la tordre, en faire une arme. Mais il y a peu de chance malgré tout qu’elle pénètre un corps et s’introduise dans un cerveau, s’y installe, subreptice, et mène sa vie au milieu de nos pensées quotidiennes, et surgisse à tout moment comme le feraient les mots d’une chanson. Et vous voilà en train de roucouler ou de grincer des dents ou de vous passer le film parfois même sans le vouloir, sans rien avoir demandé, avec peut-être juste un simple bout de refrain aux lèvres, une ou deux phrases à peine chantées qui tournent et reviennent dans votre esprit et vous font du bien, ou vous arrachent des larmes, ou vous enflamment, ou vous apaisent, ou vous portent, comme par magie.

Est-ce que vos dispositions de parolier vous ont surpris, en tant qu’écrivain ?

J’ai toujours su que c’était sérieux et j’ai toujours accordé la plus grande importance à ce travail. J’ai toujours pensé que j’avais une fameuse clé entre les mains, qu’écrire une chanson était comme disséminer un gaz dans l’atmosphère et qu’à moins de porter un masque, le plus grand nombre était touché. J’ai tout de suite su que c’était une responsabilité et qu’il fallait s’en montrer digne. Ne pas faire comme l’autre avec cette histoire de Coca-Cola [Patrick Le Lay et le «temps de cerveau disponible», ndlr].

«Laisse l’imbécile sourire, qui est en moi» : d’où naît cette image ?

Il y a en moi un autre moi qui se moque systématiquement de ce que je fais. Mais je préfère parfois le laisser sourire et baigner dans son insondable crasse plutôt que de discuter. Heureux ceux qui n’ont pas d’imbécile au fond de leur cœur !

Votre chanson préférée, sur l’Envolée ?

J’ai une inclination pour les histoires de rédemption. Les histoires où l’on constate ses erreurs, où le regard devient lucide. Et parfois, j’arrive à en écrire une. Dans ton dos, par exemple.

Envolées fait songer aux livres d’images de l’enfance…

J’aime la naïveté du message. Les regards tournés vers la lumière, les hommes en marche vers un futur meilleur, vers l’horizon lumineux. Nous savons ce qui se cache derrière ce décor, nous ne sommes pas dupes. Nous n’avons jamais marché vers un monde meilleur. «Les gentils ouvriers sortent des maisons»… pour aller pointer au chômage.

Vos modèles paroliers ?

Gainsbourg et Manset, bien sûr, mais également Biolay, Souchon, Barbara.

Vous avez travaillé avec Christophe, semble-t-il. Et Bashung ?

Je n’ai jamais approché Christophe, mais j’ai vu Bashung pendant un moment, nous avons essayé. Nous nous sommes promenés au bord du lac, mais il est parti trop vite. J’aurais été très fier d’écrire au moins une chanson avec lui. Ceux qui l’ont fait doivent connaître leur bonheur. N’étant pas l’un de ses intimes, je ne sais pas si ma parole vaut quelque chose, mais j’ai le souvenir d’un homme d’une infinie légèreté. Si je parle de sa gentillesse, aussi, est-ce que je vais le faire passer pour un con ?

«De quoi se patienter un peu», dans Des hauts des bas, en 1989 : c’est Eicher qui a rajouté «se» à «patienter un peu» ?

Quand j’ai entendu ça, la première fois, «de quoi se patienter un peu», je suis revenu en arrière avec une grimace de dégoût – ou d’horreur, je ne sais plus très bien -, et à la deuxième écoute, j’ai juste froncé les sourcils, et à la troisième, je me suis dit «Tiens, tiens…». Et maintenant, je trouve ça formidable. Ce Suisse est un génie. Ce type embellit notre langue.

Cela fait quoi, à la longue, d’être sa langue ?

J’en viens à cette symbiose, vous me demandez ce que ça fait et vous vous doutez bien que je m’interroge depuis des années sur la question, vous vous doutez bien que cette pensée m’obsède. Mais il ne sort jamais rien de si extraordinaire de ces réflexions, rien qui laisse béat d’admiration. Au contraire. Il n’y a rien de magique dans notre relation. C’est simplement très agréable, très gratifiant. Symbiotique ? Complémentaire, plutôt. L’image qui me vient à l’esprit est celle d’un tank : l’un conduit, l’autre s’occupe du canon.

Comment ça marche, une «Djianson» ? Vous écrivez à vide, ou d’après canevas d’Eicher ?

Je me sers de deux ou trois accords – toujours les mêmes, car j’écarte ceux qui nécessitent un barré et me donnent une crampe dans le pouce à la longue -, je les joue et j’attends. Qu’une phrase me vienne, qu’elle s’enroule. C’est comme se trouver devant un distributeur de boissons, on glisse une pièce, et cling, on se penche pour saisir la bouteille. Et dans cette bouteille, il y a un message. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

A ce stade, je m’arrête. Je pose l’instrument. Je me mets à écrire le texte. Que je lui envoie. J’attends. Les mélodies que je compose sont assez pauvres. Alors j’attends. J’attends de lui. Je lui dis : «Ne t’en occupe pas. C’est juste pour t’indiquer l’humeur, pour te montrer comment le truc s’articule. C’est toi qui dois écrire la chanson.» Et c’est ce qu’il fait. C’est lui qui prend le relais. Et je n’entends plus parler de lui durant des jours, j’essaie de penser à autre chose. Jusqu’au moment où je reçois la nouvelle chanson dans ma boîte à lettre. «Je te croyais mort», lui dis-je.

 

Libération, 25/01/13

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Stephan Eicher et Philippe Djian dans « La puce à l’oreille » (22/11/12)

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Philippe Djian & Stephan Eicher invités de Downtown (France Inter, 23/10/12)

Stephan Eicher, L'Envolée

 

Stephan Eicher et Philippe Djian étaient les invités de l’émission Downtown sur France Inter à l’occasion de la sortie de « L’Envolée », le nouvel album du chanteur. A réécouter en intégralité sur le site de la radio (diffusion le 23/10/12).

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