Philippe Djian: la vie et rien d’autre (Paris Match, 03/04/16)

dispersez150

Philippe Djian entre dans la peau d’une héroïne qui tente d’échapper à son passé pour mieux s’ouvrir au monde.

« Après l’eau chaude, c’est la meilleure invention. Le lever du soleil. Le reste devient minuscule à côté. » Qui d’autre que Philippe Djian Lire la suite

Share Button

« Le chanteur abandonné » (Valérie Trierweiler, Paris-Match, 15/10/13)

Love Song, Philippe Djian

 

Dans « Love Song », Philippe Djian met en scène un rockeur désabusé, trahi par son époque. Comme son héros, l’écrivain ne manque pas de style.

De prime abord, il s’agit d’un livre aussi savoureux, aussi fluide qu’une bonne mélodie à écouter un dimanche soir lorsque la journée commence à s’évaporer. Lire la suite

Share Button

Philippe Djian, les liens défaits (Valérie Trierweiler, Paris Match, 18/09/12)

Philippe Djian

 

Dans son nouveau roman, Philippe Djian détricote les relations d’une famille hors normes. Déroutant et envoûtant.

 

Attention, ceci est une oeuvre littéraire, un livre puissant. Philippe Djian revient avec « Oh… », un roman qui braconne sur des terres défendues. Certes, l’écrivain a coutume de nous conduire là où nous ne l’attendions pas. Ici encore, il fait la démonstration d’une imagination fertile qui oscille entre fantasmes et répulsions. Depuis son culte 37° 2 le matin – écrit il y a tout de même vingt-sept ans – et vingt oeuvres plus tard, Djian continue à nous surprendre. Dans « Oh… » (drôle de titre, non ?), on se dit d’abord qu’il y va fort. Sa narratrice, Michèle, à la veille de la cinquantaine, semble mener une vie presque normale. Elle est séparée de son mari et, comme beaucoup de femmes de sa génération, se débat entre une mère qui refuse de vieillir, et un fils, Vincent, qui peine à grandir et à s’assumer. Sans travail, il veut se mettre en ménage avec une jeune femme enceinte dont l’enfant n’est pas de lui. Le géniteur est en prison. Le banal commence à s’estomper. Et voilà la mère, ou plutôt la grand-mère, qui, à 75 ans, souhaite se remarier. « Je te tuerai, c’est bien simple. Pas besoin de réfléchir », lui rétorque Michèle. Les relations sont tendues, extrêmement tendues. Entre Michèle et sa mère. Entre Michèle et son fils. On apprend très vite l’existence d’un père enfermé dans un asile psychiatrique, depuis des années et des années. Un père dont Michèle ne veut plus entendre parler, un père qu’elle refuse de revoir malgré l’insistance de sa mère. Rien ne semble simple, rien ne semble apaisé. Il faudra avancer plus loin dans le livre pour apprendre que l’homme en question a tué soixante-dix enfants dans un club Mickey, un accès de folie, il y a plus de trente ans. On comprend les réticences de Michèle. Ses années de jeunesse à vivre au ban de la société, à n’être perçue que comme « la fille du monstre », l’errance avec sa mère – sans argent, sans savoir où elles dormiraient chaque soir – ont fait d’elle une femme méfiante. On comprend ce qui lie les deux femmes ; on admet leur relation faite d’appartenance et de dépendance. De répulsion aussi. Avec le fils, les rapports ne sont pas moins tortueux, mais d’un autre ordre. Michèle ne souhaite que l’indépendance de ce rejeton âgé de 24 ans, tout en lui contestant ses choix, tout en lui niant sa liberté.

Philippe Djian explore le champ de la perversité

Michèle et son ex-mari, Richard, conservent des liens de proximité. Ils sont solidaires comme un vieux couple quand la question du sexe ne se pose plus. Ils s’entendraient même plutôt bien depuis trois ans qu’ils sont séparés. Jusqu’au jour où Richard refait sa vie. C’est toute la question du lien que Philippe Djian aborde dans « Oh… ». Du lien interfamilial d’abord. Celui dont on voudrait se détacher jusqu’à la rupture parfois, sans que ce ne soit jamais possible. Comme le père assassin que sa femme n’a jamais voulu renier quand la fille a voulu gommer son existence. Comme le fils qui veut reconnaître un enfant dont il n’est pas le père. Comme l’ex-mari rejeté mais interdit de bonheur avec une autre. Et puis, il y a cette autre histoire dans l’histoire. Les premières pages du livre s’ouvrent sur l’agression de Michèle par un homme cagoulé. L’agression se double d’un viol et se renouvelle. Michèle n’en parle pas. Et ce nouveau voisin séduisant qui lui tourne autour. On devine la suite. Enfin, pas toute la suite. Le viol devient le centre du jeu. Oui, du jeu. Un jeu pervers qui mènera loin. Philippe Djian, comme dans certains de ses romans, explore le champ de la perversité. Entre adultes. Comme si cela ne suffisait pas, l’amant de Michèle n’est autre que le mari de sa meilleure amie et associée. Tout devrait nous inciter à lâcher ce texte. Et pourtant, on le lit jusqu’à la dernière ligne. On attend le prochain rebondissement. On cherche ce que signifie chacun des événements au-delà d’un simple agrément de l’histoire. On y pense encore le livre refermé. On y réfléchit. Sommes-nous passés à côté de quelque chose ? On revient quelques pages en arrière. Trente jours seulement s’écoulent dans la vie de Michèle, pendant lesquels tous les sentiments sont évoqués. Djian, une fois de plus, impose son style et s’impose comme une pièce maîtresse de la rentrée littéraire. Il est Djian, tout simplement.

 

Valérie Trierweiler, Paris Match, 18/09/12

 

Cliquez ici pour commander « Oh… »

 

Share Button

Philippe Djian, enquête de rédemption (Paris Match, 09/06/11)

 

Philippe-Djian

 

Qui peut oublier l’auteur de « 37°2 le matin » ? Philippe Djian aime décidément le noir, même s’il publie dans la collection Blanche et qu’il a décidé de vivre sous la belle lumière de Biarritz. Avec ce dernier livre, l’écrivain reprend le fil tortueux de l’existence. Et Djian aime mettre des drames dans l’existence de ses personnages. Cette fois, il y va vraiment. L’histoire s’ouvre sur le suicide d’Alexandre. Fils unique. Dès les premières lignes, le ton est donné sans barguigner : « Les plus atteints étaient les plus jeunes, sans nul doute, ceux qui avaient une vingtaine d’années. Environ. Il suffisait de les regarder. Je l’avais réellement compris lors d’une petite réception chez nos voisins, quelques jours avant Noël. Lorsque mon fils de 18 ans, Alexandre, avait médusé, puis terrifié l’assistance en se tirant froidement une balle dans la tête. En s’effondrant sur le buffet. »

Le style Djian, s’il garde une certaine distance, a perdu de sa dureté. Le récit mêle deux voix. La première, intérieure, celle du père, Marc, qui entame une descente aux enfers, et la seconde, extérieure, celle du narrateur, qui nous éclaire sur la situation de Marc. Sans surprise, le couple de parents explose quelques mois plus tard. Elisabeth, l’épouse, « avait tout fait pour le sortir de là, pour le consoler, le réconforter, mais il ne voulait rien écouter. Son fils était mort, il ne pensait qu’à boire, se saouler au plus vite avant que la douleur ne se réveille. » Mais une douleur se réveille toujours. Et rend invivable toute vie, même au ­rabais.

Djian ne perd pas de temps, ni dans son écriture ni dans le mouvement du récit. L’histoire s’installe dès la troisième page lorsque, dans le métro, Marc observe, au bout de la nuit, une toute jeune fille, malade d’alcool autant que d’elle-même. Il ­hésite et finalement lui vient en aide. Marc, ­orphelin de son fils, installe ­Gloria chez lui. (On aimerait savoir comment les écrivains choisissent les prénoms de leurs personnages…) ­Evidemment, quand un homme perdu, d’un âge ­certain accueille une demoiselle chez lui et qu’on ajoute à cela le départ de sa femme, il n’en faut pas plus pour imaginer qu’il « se la tape ». Trop simple. En tout cas pour Philippe Djian. Non, ­Gloria est la dernière petite amie d’Alex. Le scénario peut ­s’enclencher.

L’homme découvre peu à peu des aspects de son fils qu’il ne connaissait pas. Mais ne dévoilons pas davantage ce roman subtil qui n’accumule ni les personnages ni les décors. Juste l’essentiel. L’atmosphère y est parfaitement rendue, comme la ­justesse des sentiments. Le lecteur ne ­devine pas la page suivante. Alors la fin, n’en parlons pas !

 

Valérie Trierweiler, Paris Match, 09/06/11

 

Share Button