Ph. Djian : « Dispersez-vous, ralliez-vous ! » (Télérama, 07/03/16)

product_9782070143207_195x320 La troublante renaissance d’une ancienne ado indolente. Avec un art accompli de l’ellipse, Philippe Djian réussit un subtil portrait de femme. Lire la suite

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Les voyages intérieurs de Philippe Djian (Télérama, 13/01/15)

les-voyages-de-philippe-djian,M189438L’écrivain est cet hiver l’invité du musée du Louvre, pour lequel il a conçu l’exposition “Voyages”. Il revient sur cette expérience inédite, célébrée par une carte blanche spéciale ce week-end. Lire la suite

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Philippe Djian, écrivain “hors de la littérature” (Télérama, 22/10/14)

Philippe Djian, écrivain hors de la littérature

 

Décadrage

Il hérisse le poil des puristes de la langue française, mais est devenu une figure majeure de l’écriture contemporaine. Toujours en décalage, son dernier ouvrage, “Chéri-Chéri”, est paru en octobre chez Gallimard. Lire la suite

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« Love Song », par Nathalie Crom (Télérama, 02/10/13)

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Quand Daniel, star du rock, sombre et cafardeux, voit débarquer sa femme enceinte d’un autre, tout se déchire. Un récit en lacets, à la tonalité mélancolique.

Prenez un personnage, plongez-le en pleine bourrasque, ne lésinez pas, organisez autour de lui un dérèglement général – crise personnelle, amoureuse, familiale, mais aussi collective, morale, civilisationnelle –, n’hésitez pas devant l’extravagance ou l’invraisemblance des situations, et observez ce qui se passe. Lire la suite

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« Oh… », par Nathalie Crom (Télérama, 22/08/12)

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A la fois vulnérable et puissante, l’héroïne fait face à ses vieux démons. Une plongée dans les ténèbres conduite de main de maître, et un très beau portrait de femme.

 

Telle la pythie, elle ausculte parfois le ciel des yeux, comme pour déchiffrer les augures. « Le vol erratique d’un oiseau — si possible accompagné d’un cri perçant ou d’un croassement lugubre », ou un rayon de soleil qui, le soir, « vient étrangement me frapper en pleine figure en traversant le feuillage ». Que n’a-t-elle pris garde au message que lui ont adressé les dieux, ce jour d’hiver limpide où elle arrosait son jardin : « un nuage, d’une forme très explicite. J’ai regardé autour de moi pour voir s’il s’adressait à d’autres, mais je n’ai vu personne — et Dieu sait qu’il y a souvent une tondeuse ou un souffleur en action dans les parages ». Ce réflexe antique, archaïque, d’interprétation des signes est l’une des rares dispositions à l’irrationnel que manifeste Michèle, l’héroïne et narratrice de « Oh… », le nouveau roman de Philippe Djian. Pour le reste, elle est une femme réaliste et sans illusions, une femme vigilante aux nerfs solides, fermement de ce temps : la cinquantaine ou presque, divorcée, un amant, un grand fils de 25 ans qui s’attarde un peu longuement dans l’adolescence, un job dans le cinéma, une maison dans une banlieue résidentielle cossue, une façon sereine d’habiter la solitude. Voilà en tout cas pour la surface, lisse, prosaïque, ordinaire. Derrière laquelle, pourtant, est tapie toute une armée de démons assoupis, et le fameux nuage « d’une forme très explicite », auquel Michèle eût dû prendre garde, annonçait manifestement leur réveil imminent.

« Le Démon habite-t-il un corps vingt-quatre heures sur vingt-quatre ou ne l’investit-il que par instant ? » s’interrogera Michèle quelques semaines plus tard, lorsqu’elle se retrouvera au coeur de la tourmente. Plongée dans une tempête mémorable, un dérèglement général, un déchaînement de passions en tout genre dont les manifestations explosives, contradictoires, incontrôlables, constituent le matériau de ce roman bouillonnant, au synopsis aussi extravagant que captivant. Car, quand Philippe Djian fait de la métaphysique — et c’est ici clairement le cas —, il n’en oublie pas cet art du roman qu’on lui connaît, et qu’il manie avec toujours plus de maîtrise et de singularité : sophistication discrète mais extrême du scénario, du montage, de l’écriture, capacité à donner corps à des personnages cruellement saisissants de vérité, savant dosage de réalisme et de fantaisie très très noire, de gravité et d’ironie radicale. On ne sait pas encore jusqu’où l’attraction de Djian pour les ténèbres et cette autorité formelle qui est sienne le conduiront — vers quelle intensité de tragique. Mais ce qui est clair, c’est qu’il avance, de livre en livre, mû par la volonté de sonder l’opacité de l’humain, ce mélange d’instincts, de pulsions, de désarroi, de culpabilité, d’innocence.

Dans « Oh… », Philippe Djian s’est donc choisi pour personnage principal et narratrice Michèle. Femme vulnérable et puissante. Agressée et violée chez elle un jour de décembre, et qui va bientôt nouer avec son violeur une relation trouble, ambiguë, indécise, où s’emmêlent attraction et répulsion. Cet élan hautement problématique pour son bourreau ouvre en elle plus qu’une brèche — un gouffre, l’accès à une zone inexplorée et dangereuse : « C’est un autre moi qui se manifeste, à mon corps défendant. C’est un moi qu’attirent les eaux troubles, le mouvement, les terres inconnues. » Mais ce n’est qu’un des phénomènes perturbants qu’elle doit affronter. N’oublions pas que c’est ensemble, en réunissant leurs forces, que les démons ont choisi de se manifester. Voici donc que se rappelle à Michèle un passé qu’elle aurait voulu oublier — un père assassin qu’elle a rayé de sa vie, emprisonné depuis des décennies pour un carnage au fusil au cours duquel sont morts des dizaines d’enfants —, et que semblent déraper, un à un, les êtres qui l’entourent et balisaient son univers affectif qu’elle voulait placide et stable : sa mère, son fils, son ex-mari, son amant — qui se trouve être l’époux de sa meilleure amie…

C’est en vain qu’on tenterait de résumer l’intrigue de « Oh… » qui, ainsi mise à plat, risquerait de ressembler au scénario d’un téléfilm bas de gamme. Mais qui, mise en forme et en mouvement par Djian, s’avère l’assise d’une fiction anxiogène, rapide, méditative. Une réflexion sur le Mal. Un très beau portrait de femme, rincé de tout sentimentalisme, de tout conformisme, de toute psychologie de bazar. A rebours des clichés et de la bien-pensance. Peu sexuellement et politiquement correct, sans doute. Mais littérairement et humainement remarquable.

 

Nathalie Crom, Télérama n°3267, 22/08/12

 

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