La partition Djian (Le Point, 28/09)

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 Distingué en 2012 par le prix Interallié, l’écrivain-culte sort en cette rentrée son 26e roman, « Love Song », à l’écriture toujours plus radicale.

Philippe Djian n’en fait pas un mystère : sa culture était musicale avant d’être littéraire et il a toujours fantasmé sur la reconnaissance liée à la scène, physique et immédiate, quand celle liée à l’écriture « arrive des mois après la fin d’un bouquin, Lire la suite

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« Djian ou la tentation du néant » (Le Point, 21/06/11)

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L’auteur culte continue d’interroger les rapports aux autres et à la vie. Radical.

 

Chacun des romans de Philippe Djian rappelle que la vie n’est pas une promenade de santé, voire qu’elle est carrément un chemin de croix où le sexe, la drogue et l’alcool, plus que la foi, tiennent lieu de salut. Le dernier opus de l’auteur, Vengeances, va encore plus loin dans le pessimisme. Dans la lignée de ses prédécesseurs de papier, Marc est accro aux long drinks – mais comment faire autrement ? Comment faire autrement pour fournir l’effort quotidien ? -, souffre d’un mal de dos chronique et sait combien une femme peut terrasser un homme, le mettre ventre à terre. Mais ce Marc-là est surtout le père à côté de la plaque d’un adolescent qui s’est suicidé, un ex-révolutionnaire devenu plasticien à la mode et dont les oeuvres, désormais marchandes, se désagrègent aussi sûrement que les rêves – s’il en a jamais eus. Un triste sire dont on croit un instant qu’il va retrouver un sursaut de fièvre au contact de Gloria, la petite amie de feu son fils. Il ne réussira qu’à foutre irrémédiablement en l’air son existence.

Tristesse lancinante

Aucun des héros de Djian n’aura été si peu doué de vie que cet homme définitivement seul. Sans même l’humour ou le sexe pour le sauver du marasme – il n’arrive pas à faire rire Gloria et ne cède pas à ses avances -, sans même cette incandescence qui caractérise les personnages de l’écrivain, chez qui, toujours, les rapports menacent de s’embraser. Dans Vengeances, point d’incendie – si ce n’est au sens propre du terme -, juste une tristesse lancinante, la trahison, poisseuse, et la conscience du déclin – qui n’est pas l’apanage de la vieillesse.
Demeure alors la seule chose qui vaille : l’écriture. Le phrasé de Djian qui frappe juste à force d’interroger, de souligner, et permet finalement aux personnages de s’incarner. En somme, la meilleure des ripostes face à l’absurdité de la vie.

 

Charlotte Pons, Le Point, 21/06/11

 

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