Grand entretien avec Philippe Djian : « Pas anodin d’être écrivain » (Midi Libre, V. Coste, 21/04/19)

Dans votre nouveau roman, comme toujours, le lieu de l’action n’est pas déterminé, vous ne donnez aucune indication géographique précise. Pourquoi ?

Ça me poursuit depuis trente ans, je n’ai jamais cité le lieu où se déroulent mes livres. Lire la suite

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Philippe Djian défie la télé (Le Midi Libre)

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Il revient avec l’intégrale de “Doggy Bag”, saga littéraire en six tomes directement inspirée des séries télévisées américaines.

Comment est né ce projet original et pharaonique ?
À la télévision, il y a des séries surprenantes, extrêmement bien écrites
à l’image des Sopranos ou de Six feet under. Moi qui suis un fou de
littérature, cela m’a posé des questions et même quelques complexes. Si
j’étais Américain, j’aurais écrit directement un scénario, mais comme je
suis Français et que la mise en œuvre cinématographique d’une série
demande beaucoup d’argent et de courage – ce qui manque en France -,
j’ai essayé de démontrer qu’une série littéraire peut rivaliser avec
l’image. C’est du Balzac d’aujourd’hui.

Il n’y a pas de genre mineur.

Pour vous le vent de la création continue donc toujours de souffler des États-Unis…
Je suis formaté, c’est ma culture. À 18 ans, je vivais dans un pays
emmerdant et triste. Tout venait des USA, la musique, les fringues…
Quand on avait trois sous, on filait à New York et on ouvrait grand les
yeux. J’avais envie de ressembler à James Dean. Le Clézio, ça me
gonflait. Et le déclic est venu de Salinger. J’étais à la fac, j’ai lu
L’Attrape-Cœur et je me suis dit “Voilà quelqu’un qui me parle de ma
vie, des choses simples que je connais”. Henry Miller aussi m’apprenait
des choses : il avait été postier, il savait ce que c’était de
travailler pour gagner sa vie. La littérature m’intéresse quand elle est
utile. Les romans psychologiques français, je n’arrive plus à les lire.

Comment pense-t-on l’écriture quand on la décline sur six tomes ?
Comme tout est parti du défi de me dire que je pouvais rivaliser avec
l’image, je me suis retrouvé embarqué un peu malgré moi. Je ne savais
pas où j’allais, je n’avais de plan. Et finalement, je me suis bien
amusé. C’était délirant de partir sur des histoires échevelées.
L’amusement, c’est aussi de la littérature. Un écrivain doit rire, pas
simplement se torturer avec une grosse ride sur le front. Mais en
France, c’est interdit de dire ça. En fait, toutes les histoires ont
déjà été racontées. La seule chose que peut faire la littérature, c’est
changer l’axe, changer la caméra si vous préférez. On est contemporain
de son époque, il faut que les gens comprennent le monde grâce à vous.

Les années passant, vous suscitez moins de controverses. Comment l’expliquez-vous ?
Sans doute parce que le monde a un peu changé. Ce qui est amusant, c’est
qu’aujourd’hui des gens comme Beigbeder me disent “Tu es notre parrain”.
C’est vrai qu’il y a trente ans, il n’y avait pas beaucoup de gens
comme Despentes ou Houellebecq. Mais je n’ai jamais été provocateur par
goût. Je suis comme un chercheur qui veut intégrer le monde dans une
formule. Je veux que les gens viennent autour de moi. C’est pour ça que
je revendique être un écrivain populaire. Et ma grande peur, c’est de ne
l’être pas assez.

Recueilli par Laure JOANIN, Le Midi Libre, 23/12/10

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