Impardonnables en DVD – Le prochain roman…

Impardonnables, d'André Téchiné

 

L’adaptation d’Impardonnables d’André Téchiné sort en DVD le 1er février 2012. Plusieurs articles de presse, publiés au moment de la sortie en salles du film, sont à lire sur ce site. La commande est possible sur Amazon.

 

D’autre part, le prochain roman de Philippe Djian sortira vraisemblablement lors de la rentrée littéraire, en septembre 2012.

 

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A chacun sa lagune (Impardonnables, d’A. Téchiné, Les échos, 17/08/11)

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A chacun sa lagune

 

Tirée d’un roman de Philippe Djian, une comédie de moeurs existentielle à vocation policière.

 

Ecrivain reconnu, confortablement installé dans l’existence, Francis (André Dussolier), bourgeois éclairé à l’élégance décontractée et au sourire charmeur, cherche un pied-à-terre à Venise pour écrire son prochain roman. Judith (Carole Bouquet), agent  immobilier, haut de gamme aussi séduisante que distinguée, lui en trouve un prestissimo, situé sur l’île de Sant’Erasmo, un coin encore préservé et isolé de la foule des touristes. Francis est prêt à prendre sur-le-champ la maison, si Judith accepte d’habiter avec lui. C’est oui.

Passés les premiers moments de complicité amoureuse dans cette enclave hors du temps et des contingences matérielles, les choses se compliquent. Francis a du mal à trouver l’inspiration, comme à chaque fois qu’il est amoureux. Ensuite, sa fille Alice (Mélanie Thierry), mère fantasque et imprévisible, débarque sur la lagune avec sa petite Vicky (Zoé Duthion). Mais c’est pour disparaître presque aussitôt en laissant sa fille, mais pas d’adresse.

Rêverie délicieuse

Francis commence par enquêter auprès d’une ancienne maîtresse, Anna Maria (Adriana Asti, que, par une malice de Téchiné, on verra, jeune, dans un extrait de « Prima della Rivoluzione » de Bertolucci, 1963) ). Lesbienne assumée, c’est la mère de Jérémie, beau gosse en proie aux états d’âme les plus noirs. Il semblerait qu’Alice fréquente un petit réseau vénitien branché drogue, d’où elle envoie à son père une étrange « sex-tape ».  La comédie de moeurs tente alors une incursion du côté de l’intrigue policière, mais sans l’investir vraiment. Filatures plus ou moins professionnelles, observations flâneuses à la jumelle ou au téléobjectif, virées mouvementées en bateau à moteur sur fond de place Saint-Marc,

Est-ce la tranquillité un peu provinciale d’un Venise débarrassé de ses touristes, l’atmosphère d’éternel été indien dans laquelle baigne le film, la peau sublimement dorée de Carole Bouquet, l’élégant détachement d’André Dussolier, les cabotages et les cabotinages ? Toujours est-il qu’on traverse «  Impardonnables » – tiré d’un roman que Philippe Djian situait sur la côte basque -dans un état de rêverie délicieuse doublé d’une forte empathie pour le couple formé par Francis et Judith. Le danger affleure sans vraiment inquiéter, provoquant de coupables frissons, des envies de voyage. Et l’assurance d’un happy end.

 

Thierry Gandillot, Les Échos, 17/08/11

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Maîtrise et justesse des sentiments (Impardonnables, de Téchiné – Les Inrocks, 17/08/11)

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« Impardonnables »: maîtrise et justesse des sentiments

Dans une Venise intime, André Téchiné raconte la rencontre d’un homme et d’une femme d’âge mûr qui s’aiment et se désirent. Maîtrise et justesse des sentiments.

Existe-t-il un deuxième acte dans les vies européennes ? L’amour est-il encore possible passé la cinquantaine ? Comment se jouent le désir, le sexe, dans l’après-midi tardif d’une vie ? Telles sont certaines des questions qui parsèment ce beau récit romanesque et automnal, même s’il traverse toutes les saisons. “Romanesque”, “saisons”… : on est indubitablement en territoire téchinien. Comme souvent, le cinéaste monte en neige un récit proliférant, empile les strates et multiplie les chemins de traverse. Les deux personnages principaux sont chargés d’un vécu préexistant au film, ils portent chacun un roman en eux. Judith (splendide Carole Bouquet, qui fait un sort à son image de froideur glamour) a connu des hommes, des femmes, des tours et détours de vie. Francis (Dussollier, excellent en sympathique paranoïaque) est écrivain à succès, père et grand-père. Deux êtres usés mais aussi enrichis par la vie.

Le film trouve sa beauté, sa tension (mais une tension tranquille, variation nouvelle chez Téchiné), son suspense, dans la chronique de cette rencontre à la fois pleine de promesses et entravée par les fantômes du passé. Fantômes parfois bien concrets, comme la fille de Francis (Mélanie Thierry) qui disparaît, instillant une tonalité polar, ou Anna-Maria, l’ex-amante de Judith (Adriana Asti), devenue amie-confidente dans une relation où planent toujours des blessures prêtes à se rouvrir. Et puis il y a le fils d’Anna- Maria (Mauro Conte, superbe découverte), jeune homme fiévreux, intranquille, bouillonnant, personnage téchinien absolu qui semble venir d’un précédent film du cinéaste pour mettre le feu dans le monde trop ordonné des adultes. Impardonnables se déroule à Venise, mais hormis la place Saint-Marc se devinant au fond des premiers plans du film, Téchiné a évité avec naturel le circuit touristique et tous ses clichés vénitiens. Manifestement connaisseur amoureux de la cité lacustre, il a filmé ses îles, ses pêcheurs, sa lumière maritime, ses champs et jardins, ses ruelles anonymes, rappelant que Venise n’est pas seulement un musée pour touristes mais une ville avec des habitants qui y vivent et y travaillent, poursuivant l’oeuvre des peintres vénitiens sans les imiter.

Filmant en Italie, le cinéaste n’a évidemment pas manqué de rendre de discrets hommages à ses cinéastes italiens préférés, à travers la présence d’Adriana Asti ou l’absence-disparition d’Alice/ Mélanie Thierry. Tirant le meilleur parti de ce que charrient Venise et l’Italie, renouvelant son univers avec Carole Bouquet et André Dussollier (acteurs inédits dans sa filmo), trouvant un équilibre nouveau entre tourment et sérénité, André Téchiné signe là un film qui lui ressemble mais qui est également synchrone avec son âge. Un film crépusculaire et néanmoins lumineux. Un film de cinéaste vieillissant, au meilleur sens du terme.

 

Serge Kaganski, Les Inrocks, 17/08/11

 

 

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Entretien avec André Téchiné (Libération, 17/08/11)

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«C’est filmé entre les corps»

 

Acteurs, focales, localisation : Téchiné commente ses choix de tournage.


Il y a des fleurs et des oiseaux en dessous de chez lui, des chiens maltraités, la Seine et une route polluée. Hier, à 11 heures du matin, André Téchiné nous recevait dans son appartement.

Pourquoi avoir filmé entièrement Impardonnables en longue focale ?

Je voulais tenter de me rapprocher de quelque chose qui est loin, c’est-à-dire donner la sensation de la distance et, en même temps, franchir cette distance pour être au plus près des gens qu’on observe, des corps. Et de Venise aussi, lointaine dans sa puissance magique, une ville que Judith, qui est agent immobilier, commence à diviser en espaces à louer ou à vendre, selon les moyens et les goûts de chacun.

Quand j’ai lu le roman de Philippe Djian, le caractère précieux, voire fabuleux, de l’espace s’est sans doute mêlé pour moi à l’idée de Venise. C’est aussi la ville de l’amour, et dans le roman de Djian, plusieurs formes d’amour sont déclinées, dont la formation du couple – deux pas en avant, deux pas en arrière – l’amour filial, et cette relation chaste d’amitié, au sens fort, entre Anna Maria et Francis, qui ont aimé la même personne à deux moments de leur vie.

Pourquoi Venise, alors que le roman se déroule sur la côte basque ?

Venise, c’était un défi. Il y est pratiquement impossible de trouver la bonne distance. Soit on filme de loin cette présence magique, ou alors on est dedans, mais dans ce cas, il faut être pris dans le mouvement, par exemple les scènes de filature. Le faire en bagnole, comme dans le roman de Djian, ça me gênait parce qu’on pense tout de suite à Vertigo.

Là, il y a le dédale des ruelles, des canaux. La disposition même de la filature avec la silhouette juvénile de Carole Bouquet et Jérémie qui la suit, cela induisait une relation érotique très forte. L’alchimie de l’espace et des corps, irrésistiblement, aboutit à l’étreinte. C’est une tentation à laquelle on peut tout à fait comprendre que cèdent les personnages.

Vous filmez donc l’espace plutôt que les personnages…

Impardonnables est tourné en scope et j’avais besoin de maintenir dans le cadre mes deux personnages, aussi bien quand ils s’éloignaient que quand ils se rapprochaient. La longue focale permet sournoisement, sans qu’on s’en rende compte, qu’il y ait dans le même plan-séquence une variation d’échelle, ce qui évite la théâtralité ou les acrobaties. Par exemple, dans la scène du lit entre Bouquet et Dussollier, quand ils sont nus, le cadre est ce qui se passe entre les deux corps. C’est filmé entre les corps, c’est ce qui circule entre eux. Est-ce qu’on peut enregistrer la relation physique – et chimique, puisque ça passe par la pellicule – entre ces corps ? C’est simple et brut, je crois.

Anna Maria est interprétée par Adriana Asti, et l’on voit un extrait d’un film dans lequel elle a tourné dans sa jeunesse. Héritage cinématographique ?

Non, pas du tout. J’ai toujours le fantasme qu’on puisse enregistrer les changements d’un corps, de la naissance à la vieillesse, et le cinéma, qui est fait pour ça, en même temps, ne peut pas faire ça. Ou en tout cas, je ne vois pas comment. Cela m’aurait gêné qu’il y ait l’évocation d’un personnage plus jeune interprété par une autre actrice ou un autre acteur et j’ai donc choisi de montrer Adriana jeune dans une autre fiction. C’est un moment dédramatisé, où elle semble prise dans un temps suspendu. J’espère que le temps est moteur du film. C’est un patchwork spatial, avec les ramifications du temps.

Ce rapport au corps et au temps est-il immédiat sur le tournage ?

Je savais qu’il y avait des scènes en maillot de bains. C’est toujours difficile, parce qu’il y a une déperdition de fiction à partir du moment où les actrices et les acteurs sont en maillot. J’avais aussi besoin d’une silhouette de jeune fille dans les rues de Venise. Donc le casting s’est fait en fonction des scènes auxquelles les corps seraient confrontés.

Les choix des acteurs n’étaient pas indépendants de la matière vivante qui allait constituer les scènes et leur donner à la fois de la chair et de la subtilité. Dussollier pour l’égoïsme de l’écrivain, l’instrumentalisation et cette rage de ne pas vieillir, je savais qu’il en ferait son affaire, avec mon assistance, bien sûr.

J’essaie d’aborder les scènes avec fraîcheur, comme si j’allais les découvrir avec les acteurs. Mais il y a toujours le risque qu’il n’y ait pas de vie physique, ni de vie intérieure. Et pour ça, il m’arrive plus souvent qu’à mon tour de faire beaucoup de prises. Un film est toujours une longue patience.

 

Propos recueillis par Éric Loret, Libération, 17/08/11

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André Téchiné, mœurs à Venise (Impardonnables, Libération, 17/08/11)

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Méprise . Une île, un homme, une femme, son ex-amante, leurs enfants… De déviances en défiances, «Impardonnables» met en scène des êtres aux destins irrésolus.

Malgré l’affiche, il n’y a aucun voyeur dans le film Impardonnables. Peu de paires de jumelles. En revanche, les acteurs sont filmés contre le mur, contre la mer, poussés les uns contre les autres à l’autre bout de l’horizon, proche et loin à la fois. C’est un artefact bien connu des photographes : l’utilisation d’une longue focale, presque un télescope qui, comme son nom l’indique, transporte le regard à distance. Au début, on ne sait que faire de cette longue-vue. Familiarité étrange, beaux effets de mise en scène.

Filature. C’est d’après un roman de Philippe Djian. Un écrivain, Francis (André Dussollier), loue une maison sur une des îles de Venise. La vraie, celle des Vénitiens, pas celle des touristes. On ne voit ni le Rialto, ni San Marco, juste des boutiques, des canaux, des dalles mangées par l’herbe. L’agent immobilier, c’est Judith (Carole Bouquet). Ils tombent amoureux comme on écrit un roman. Du coup, Francis ne peut plus continuer le sien. Autour de lui, deux enfants, qui ont pour essentielle caractéristique de faire défaut. Sa fille, qui disparaît au début du film. Et Jérémie, un jeune garçon désorienté qui sort de prison et le prend comme figure paternelle. Jérémie est le fils d’Anna Maria, qui fut l’amante de Judith. En outre, Francis se persuade que Judith le trompe. Il lui faut donc deux détectives. Anna Maria partira sur les traces d’Alice, la fille de Francis, et ce dernier paiera Jérémie pour prendre Judith en filature dans Venise. Les deux enfants ont des problèmes de sexualité. Alice exhibe ses amours physiques à son père en lui expédiant une vidéo porno. Jérémie, ombrageux asexué, a une forte tendance à casser du pédé.

Pendant ce temps-là, des poisons se nouent en arrière-plan, avec le personnage d’Alvise, dealer de luxe pour jeunes comtesses 2.0, dernier avatar d’une aristocratie faisandée ; tandis qu’Anna Maria, avec son visage clownesque, porte les ruines d’un passé cinématographique glorieux (l’actrice qui l’incarne, Adriana Asti, a joué des seconds rôles chez Visconti, entre autres). Dans le même registre, Téchiné fait rejouer à Carole Bouquet la scène du Mépris, de Godard, où Bardot met une perruque brune (sauf que là, c’est une blonde). Un peu plus loin, on apercevra d’ailleurs la statue du Poséidon du Mépris, elle-même piquée au Voyage en Italie, de Rossellini. Deux films sur des couples qui, lors d’une virée italienne, ne se comprennent plus.

Équation . Téchiné travaille sur le ténu, sur le fil des rapports entre les corps, qui valent presque chez lui pour toute relation : jamais de paraphrase psychologique, simplement l’espace des attractions et répulsions. Impardonnables est donc nécessairement irrésolu. Francis est traversé par les histoires des personnages qu’il rencontre, il tente de s’en saisir, de leur donner un récit (en faisant suivre Judith, en faisant enquêter sur Alice), mais ce sera en vain. Les choses et les personnes lui échappent. Il n’y a pas de drame. Ou plus exactement : qu’est-ce qu’un drame ? La mort advient à certains personnages, mais ce n’est pas une catastrophe, juste le point final d’une absence de sens qui ne se transforme pas pour autant en destinée. Equation pure d’une vie sans mystère, où l’absence du Dieu vient en aide aux héros.

 

Éric Loret, Libération, 17/08/11


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