Antoine De Caunes, Philippe Djian, Stephan Eicher : « Tu ne me dois rien » (Tous vos amis sont là, France 3, 07/12/10

Stephan Eicher et Philippe Djian interprètent « Tu ne me dois rien », lors de l’émission consacrée à Antoine de Caunes (Tous vos amis sont là, France 3).

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Philippe Djian défie la télé (Le Midi Libre)

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Il revient avec l’intégrale de “Doggy Bag”, saga littéraire en six tomes directement inspirée des séries télévisées américaines.

Comment est né ce projet original et pharaonique ?
À la télévision, il y a des séries surprenantes, extrêmement bien écrites
à l’image des Sopranos ou de Six feet under. Moi qui suis un fou de
littérature, cela m’a posé des questions et même quelques complexes. Si
j’étais Américain, j’aurais écrit directement un scénario, mais comme je
suis Français et que la mise en œuvre cinématographique d’une série
demande beaucoup d’argent et de courage – ce qui manque en France -,
j’ai essayé de démontrer qu’une série littéraire peut rivaliser avec
l’image. C’est du Balzac d’aujourd’hui.

Il n’y a pas de genre mineur.

Pour vous le vent de la création continue donc toujours de souffler des États-Unis…
Je suis formaté, c’est ma culture. À 18 ans, je vivais dans un pays
emmerdant et triste. Tout venait des USA, la musique, les fringues…
Quand on avait trois sous, on filait à New York et on ouvrait grand les
yeux. J’avais envie de ressembler à James Dean. Le Clézio, ça me
gonflait. Et le déclic est venu de Salinger. J’étais à la fac, j’ai lu
L’Attrape-Cœur et je me suis dit “Voilà quelqu’un qui me parle de ma
vie, des choses simples que je connais”. Henry Miller aussi m’apprenait
des choses : il avait été postier, il savait ce que c’était de
travailler pour gagner sa vie. La littérature m’intéresse quand elle est
utile. Les romans psychologiques français, je n’arrive plus à les lire.

Comment pense-t-on l’écriture quand on la décline sur six tomes ?
Comme tout est parti du défi de me dire que je pouvais rivaliser avec
l’image, je me suis retrouvé embarqué un peu malgré moi. Je ne savais
pas où j’allais, je n’avais de plan. Et finalement, je me suis bien
amusé. C’était délirant de partir sur des histoires échevelées.
L’amusement, c’est aussi de la littérature. Un écrivain doit rire, pas
simplement se torturer avec une grosse ride sur le front. Mais en
France, c’est interdit de dire ça. En fait, toutes les histoires ont
déjà été racontées. La seule chose que peut faire la littérature, c’est
changer l’axe, changer la caméra si vous préférez. On est contemporain
de son époque, il faut que les gens comprennent le monde grâce à vous.

Les années passant, vous suscitez moins de controverses. Comment l’expliquez-vous ?
Sans doute parce que le monde a un peu changé. Ce qui est amusant, c’est
qu’aujourd’hui des gens comme Beigbeder me disent “Tu es notre parrain”.
C’est vrai qu’il y a trente ans, il n’y avait pas beaucoup de gens
comme Despentes ou Houellebecq. Mais je n’ai jamais été provocateur par
goût. Je suis comme un chercheur qui veut intégrer le monde dans une
formule. Je veux que les gens viennent autour de moi. C’est pour ça que
je revendique être un écrivain populaire. Et ma grande peur, c’est de ne
l’être pas assez.

Recueilli par Laure JOANIN, Le Midi Libre, 23/12/10

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Pétition contre la censure du roman de Régis Jauffret

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Un appel en soutien à Régis Jauffret a été lancé par huit écrivains parmi lesquels Philippe Djian, Virginie Despentes et Michel Houellebecq. Cet appel fait suite à l’assignation de Régis Jauffret par la famille d’Edouard Stern, tué le 28 février 2005 par son ex-maîtresse Cécile Brossard de quatre balles, tirées à bout portant. Elle a été condamnée à huit ans et demi de prison pour ce meurtre et libérée le 10 novembre 2010. La famille d’Edouard Stern demande l’interdiction du roman Sévère paru aux Éditions du Seuil en mars 2010, relatant ce faits divers.

Ce livre, estiment les signataires, « est, sans conteste, un roman. C’est à dire une œuvre de fiction. C’est à dire un texte qui, même si l’imaginaire se nourrit toujours du réel, n’entend évidemment pas rendre compte de manière factuelle de la réalité ». Ils demandent « solennellement » à la famille du banquier « de revenir sur une décision si évidemment attentatoire à cette liberté de créer à laquelle ils ne peuvent pas ne pas être, eux aussi, attachés » et de « renoncer à une initiative judiciaire qui constituerait un navrant et terrible précédent ».

Les écrivains signataires sont :
Michel Houellebecq, Philippe Djian, Bernard-Henri Lévy, Virginie Despentes,
Christine Angot, Frédéric Beigbeder, Philippe Sollers, Yann Moix,
Marie Darrieussecq, Jonathan Littell, Eric Reinhardt.

L’intégralité de la pétition figure sur le site des Inrocks.

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Philippe Djian membre du jury du Festival de Cinéma Européen des Arcs

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La deuxième édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs aura lieu du 11 au 18 décembre 2010.

Présidé par le réalisateur danois Thomas Vinterberg, le jury sera composé de l’actrice danoise Connie Nielsen, de l’écrivain Philippe Djian, du comédien et réalisateur belge Jonathan Zaccaï ou encore du compositeur Zbigniew Preisner.

Infos et programmation sur le site du festival

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« Tenniscoats, charme sans filets », par Philippe Djian

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En général, mes visiteurs me glissent un coup d’œil perplexe dans les
trente secondes qui suivent. Ou trébuchent. Ou ébauchent un sourire. Je
sais qu’ils s’imaginent que je m’amuse encore comme un gamin à faire
l’intéressant, à faire l’original en affichant des goûts bizarres, un
peu dingues. Ils se trompent. Je n’accorde plus beaucoup d’importance à
mon image, en dépit des apparences. Trop fatigant. En fait, je peux très
bien expliquer pourquoi j’écoute ce genre de choses, pourquoi tout le
reste me paraît bien fade à côté.

Horizon

Même les plus polis finissent par me
demander ce que l’on entend. Si je n’ai pas une fuite dans ma salle de
bains ou Dieu sait quoi. Je ne sais plus comment vient ce goût pour ces
bruits, ces voix improbables, toute cette musique en mille morceaux,
minimale, obsédante, organique. Comment s’opère le glissement, comment
s’opère le passage vers une autre dimension – dont on ne pourra plus
sortir. Mystère total. N’empêche. Soudain le monde devient plus vaste,
les perspectives de l’inévitable déclin – tout devient une prison –
s’éloignent. C’est comme de quitter un appartement pour se promener en
ville – et découvrir à quel point l’on vivait à l’étroit, combien le
ciel était vaste, combien l’horizon était lointain.

Toutes ces structures étranges, ces fauteuils qui grincent, ce xylophone, ces chants nus, ces humeurs enchevêtrées, ces field recordings.

Il y a longtemps que je songe à écrire quelques mots sur ce couple, à
faire état de mon admiration pour eux, de mon admiration totale. J’ai
honte d’avoir voulu les garder pour moi, j’ai honte de m’être montré
aussi égoïste, je suis désolé, vraiment désolé quand je vois les
épreuves que nous traversons, les ouragans, les banquiers, les coulées
de boue. Pardon.

Environnement

 J’espère que vous aimez l’accordéon,
le chant des oiseaux, les instruments d’enfants, le pianola, les boîtes
de fer blanc, les ruisseaux. Quand on pense à ces hommes qui ont voué
leur vie à l’argent, à l’exploitation de leurs semblables, à leur
asservissement, leur reddition, on se sent pris de pitié pour eux, on
mesure à quel point ils se sont damnés. Pardon. Pardon pour le manque de
solidarité dont j’ai fait preuve dans un tel environnement – je vous ai
vus jetés à la rue, perchés sur les toits de vos maisons, entourés de
brasiers, refoulés.

La fille ne siffle pas parfaitement juste et le garçon n’est pas un
musicien hors pair mais nous n’en sommes plus là, n’est-ce pas, puisque
le charme opère. Le plancher est solide, les murs tiennent bon, le toit
est en acier. Les premiers seront les derniers.

Philippe Djian (Libération, 25/03/2010)

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