Il y a 18 ans… Philippe Djian et Stephan Eicher

En 1993, pendant l’enregistrement de l’album Carcassonne.

 

Philippe Djian et Stephan Eicher

(Photo de Thierry Rajic)

 

« Il [Ph. Djian] m’écrit des histoires, il se trouve que ces histoires m’arrivent par surprise ! »
« On n’a pas mis toutes les chansons, il y en avait seize au départ. Je trouve que notre collaboration mûrit et s’améliore. C’est étrange avec Djian, ça a commencé par l’amitié puis il est venu. Ce qui est amusant c’est que le premier concert qu’il a vu de moi, c’était à Carcassonne. Et ça ne s’arrête pas là. L’ordre des chansons sur l’album par exemple, c’est Philippe qui l’a choisi. Un soir, j’étais en train d’enregistrer, il vient dans ma chambre, me dit que ce texte ne va pas et commence à parler d’une de mes chansons en anglais. Il a une influence grandissante, ce qui m’ennuie aussi de temps en temps. Il se mêle des mixages. »

 

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Carcassonne – Stephan Eicher

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Carcassonne (1993)
Paroles de Philippe Djian
Des hauts des basNi remords ni regretsLa nuit deboutManteau de gloire
RivièreBaiser orageuxDurant un long moment

DES HAUTS DES BAS 

La pluie venait du nord
Le vent passait sous ma porte
Je comptais vivre fort
Et que le diable m’emporte
J’allais à la fenêtre
Enroulé dans un drap
Je secouais la tête
J’en écartais les bras

J’avais des hauts
J’avais des bas
J’avais plus ou moins chaud
Toute la vie devant moi
J’avais des hauts
J’avais des bas
Je crois que j’en voulais trop
J’ai même eu ce que je n’voulais pas

Je restais enfermé
Ou errais pendant des jours
Trop de chemins s’ouvraient
Trop de questions en retour
Je n’avais pas tué mon père
Mais je ne me souvenais pas
Ce qu’il me disait de faire
Ou ce qu’il ne disait pas

J’avais des hauts
J’avais des bas
J’avais plus ou moins chaud
Toute la vie devant moi
J’avais des hauts
J’avais des bas

Je crois que j’en voulais trop
J’ai même eu ce que je n’voulais pas
Chaque jour je me tenais prêt
Je guettais l’heure et la page
Où les eaux s’ouvriraient
Me laisseraient un passage
L’espoir me faisait vivre
L’attente me rendait nerveux
Je trouvais dans les livres
De quoi patienter un peu

J’avais des hauts
J’avais des bas
J’avais plus ou moins chaud
Toute la vie devant moi
J’avais des hauts
J’avais des bas
Je crois que j’en voulais trop
J’ai même eu ce que je n’voulais pas

J’avais des hauts
J’avais des bas…

NI REMORDS NI REGRETS

Il n’a aucune chance avec elle :
Je l’ai prévenu,
Mais il veut essayer quand même
Il est têtu
Il ne veut pas de mes conseils,
Me sourit d’un air entendu,
Puis s’en va recevoir sa peine,
Le cœur léger, la joue tendue

Il ne m’écoute jamais
Il fait ce qui lui plaît
Car encore ne connaît
Ni remords, ni regrets

Inutile de le mettre en garde
Il tend les bras
Il trouve ce monde si désirable
Qu’il n’attend pas
Il tient les serments, les promesses
Pour de l’or pur, pour de l’airain
Trahi, il en tombe sur les fesses
Mais il n’y pense plus le lendemain

Il ne m’écoute jamais
Il fait ce qui lui plaît
Car encore ne connaît
Ni remords, ni regrets

Il bénit chaque jour qui se lève
Se frotte les mains
Il voit partout de la lumière
Même dans les coins
Il se jette la tête la première
Sans hésiter, sans prendre soin
De glisser un œil en arrière
Pour voir s’il connaît le chemin

Il ne m’écoute jamais
Il fait ce qui lui plaît
Car encore ne connaît
Ni remords, ni regrets

Si j’ai passé la nuit entière
A lui parler
Au matin c’est lui qui m’enterre
Pour la journée
Il ne veut pas de mes conseils
Me sourit d’un air entendu
Puis s’en va recevoir sa peine
Le cœur léger, la joue tendue

Il ne m’écoute jamais
Il fait ce qui lui plaît
Car encore ne connaît
Ni remords, ni regrets

LA NUIT DEBOUT

J’ai passé la nuit debout
dans le noir et l’impatience,
à me souvenir de vous,
de vos mains, de vos silences.
Ah, j’étais si jeune alors,
je ne comprenais pas grand chose.
Je n’aimais que votre cœur,
vos joues en devenaient roses.
J’ai passé dans vos genoux
plus de temps que nécessaire.
Et votre sourire est flou,
votre voix n’est plus si claire.
Ah ! J’étais aveugle alors,
je marchais vers la lumière.
Je ne croyais pas à la mort,
les mots, je ne savais qu’en faire.
Oh, où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que je pourrais vous aimer ?
Où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que j’ai besoin de vous ?

J’ai passé la nuit debout
à chercher votre visage.
Vous aviez des mots trop doux,
je ne connaissais que la rage.
Ah ! J’étais si fier alors,
que je ne voulais rien entendre.
Le désir était si fort
que je me mordais la langue.
J’ai dansé, pensant à vous,
après toutes ces années blêmes.
Je n’ai rien trouvé du tout,
rien qui n’en valut la peine.
Ah ! Le monde était alors
un océan de promesses
et je me croyais très fort,
j’étais sans délicatesse.
Oh, où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que je pourrais vous aimer ?
Où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que j’ai besoin de vous ?

J’ai passé la nuit debout,
loin du bruit, du déshonneur,
loin du sang, loin du dégoût
et ce fut un vrai bonheur.
Ah ! Je vous revois hier,
agitant votre mouchoir.
Mais j’avais tellement à faire,
je nourrissais tant d’espoirs.
Oh, où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que je pourrais vous aimer ?
Où êtes-vous, où êtes-vous,
maintenant que j’ai besoin de vous ?

MANTEAU DE GLOIRE

Je croise des rêves, je croise des gens,
je croise des morts et des vivants.
Le jour se lève en emportant
de la poussière, des ossements.
Sous les mensonges, sous les tourments,
la nuit s’étire, l’ombre s’étend.
Petite éponge noyée de sang,
ne vois-tu rien venir devant ?
Qu’est-ce que l’on cherche ?
Qu’est-ce qu’on apprend ?
Où sont les perches
que l’on nous tend ?

Manteau de gloire, Manteau d’argent,
on va tout nu par tous les temps.
Chanson pour boire, chanson seulement,
pour dire le vide que l’on ressent.

Poignée de sable qu’on voit filant,
d’entre nos doigts, n’y rien pouvant.
Sur son nuage va chevauchant
chacun de nous
cheveux au vent.

Manteau de gloire, Manteau d’argent,
on va tout nu par tous les temps.
Chanson pour boire, chanson seulement,
pour dire le vide que l’on ressent.

Ce que main donne, l’autre reprend,
ce que l’on tient fichera le camp.
Noir dit un homme, l’autre dit blanc,
il faut parfois tuer le temps.
Qu’est-ce que l’on cherche ?
Qu’est-ce qu’on apprend ?
Où sont les perches
que l’on nous tend ?

Manteau de gloire, Manteau d’argent,
on va tout nu par tous les temps.
Chanson pour boire, chanson seulement,
pour dire le vide que l’on ressent.

RIVIÈRE

J’attends à la rivière
Je surveille le chemin
Je n’ai rien d’autre à faire
Mais rien ne vient
J’attends le nez en l’air
Je n’me tords pas les mains
On gagne ou bien on perd
Mais c’est plutôt bien
Je m’en irai tout à l’heure
Je reviendrai demain
On n’sort pas du désert
On tourne sans fin
Le jour tombe et l’enfer
N’est pas aussi lointain
Mais je n’suis pas amer
Toujours on en revient
Et les blessures se ferment
Et attendre n’est rien
Et les larmes sont vaines
Et c’est le même refrain
Je garde les bras ouverts
Le vent passe entre mes mains
C’est l’heure de la prière
Mais rien ne vient
On finit par s’y faire
Avec un peu d’entrain
On sait bien qu’nos misères
Ne prennent jamais fin
Et les blessures se ferment
Et attendre n’est rien
Et les larmes sont vaines
Et c’est le même refrain
J’attends à la rivière
Je surveille le chemin
Je n’ai rien d’autre à faire
Mais rien ne vient

BAISER ORAGEUX

Ce n’est pas une pierre
Tombée du ciel
Ni un chat noir
Ni une échelle
Ce n’est pas dans l’air
Comme une odeur
Ni dans la chair
Ni dans ton cœur
Tu as c’que tu mérites
Tu as c’que tu mérites
Ce n’est pas Dieu qui t’a
Montré du doigt

Fatalité
Malédiction
Tu t’es toujours
Trompé de nom
Ne t’excuse pas trop vite
Ne t’excuse pas trop vite
L’agneau de Dieu est las
D’entendre ça

Ne cherche pas
D’autres poitrines
C’est toujours toi
Que tu piétines
Et tu connais la suite
Et tu connais la suite
Chaque fois tu descendras
Un peu plus bas

Des forêts sombres
Du vent amer
Tu prends le goût
Et la poussière
Passer de l’ombre
A la lumière
N’est pas
c’qui est
Le plus simple à faire
 

Tu brilles par tes limites
Tu brilles par tes limites
Les sept coupes sont à ras
Elles sont pour toi

DURANT UN LONG MOMENT

Durant un long moment
Il reste silencieux
Sans bouger
Examine lentement
Une mèche de cheveux
Parfumée
Puis il dit
C’est comme ça, c’est la vie
Je ne vais pas en mourir
On doit s’attendre au pire
Ou c’est bien fait, c’est bien fait, c’est bien fait
pour moi !

S’asseyant sur le lit
Il s’oblige un regard
Sur la chambre
Il n’y a plus rien ici
Il n’y a plus que le fard
Et la cendre
Et il dit
Voilà tout est fini
Je n’avais pas tout appris
Mais sacré nom de Dieu
Faut-il aimer la vie
Ou la jeter, la jeter, la jeter au feu ?

Ses yeux roulent dans le noir
Sans qu’il puisse y changer
Quelque chose
Les voies du désespoir
En pitreries se
Métamorphosent
Il se dit
Quelle erreur ai-je commis ?
Vais-je finir à genoux
Ou bien sur le tapis ?
Une femme vous tient debout
Puis un jour elle, un jour elle, un jour elle vous scie

Plus tard, dans le jardin
Dans la fraîcheur du soir
Il repense
A ce qu’il aimait bien
Venant d’elle ou de par
Sa présence
Et il dit
J’en aurais bien repris !
Je le dis simplement
Avec humilité
Te suis reconnaissant
Pour tout le temps, tout le temps, tout le temps passé

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« Carcassonne », par Philippe Djian

Carcassonne

Ce texte est paru initialement dans un livret édité par les éditions Electric Unicorn (format CD, 12×12, 50 pages), vendu par la librairie de Carcassonne dans laquelle Stephan Eicher exposait ses collages à l’occasion de la sortie de son album. Ces différents collages sont reproduits à l’intérieur du livret, accompagnés de photos de Thierry Rajic.

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« Carcassonne, Hôtel de la Cité, 2 h. du matin.

Je ne me souviens jamais du numéro de sa chambre. Je n’ai qu’à suivre les câbles déroulés dans les couloirs, suspendus dans la cage d’escalier et rampants sous les tapis brodés de fleurs de lys. Parfois, ils transpercent le plancher, crèvent les plafonds du dessous, traversent les cloisons ou rentrent par une fenêtre dont on a brisé un carreau. Cela donne à cet hôtel un charme étrange, une ambiance un peu trouble. L’établissement est fermé. Le personnel est d’humeur facétieuse et se tient prêt à vous servir une coupe de champagne à n’importe quelle heure de la nuit.

On entend des femmes chanter, de bon matin, tandis qu’elles passent l’aspirateur. Si elles me rencontrent la nuit, elles se proposent de m’accompagner jusqu’à la chambre de Monsieur Eicher. Elles imaginent que je me suis perdu et me font la conversation en me guidant le long des câbles. J’ai la douce impression d’être là pour finir mes vieux jours. Les hôtels de luxe sont de parfaits endroits pour mourir.

Je lui soumets cette réflexion et nous en discutons un moment. Puis nous parlons d’autre chose. Hier, nous avons évoqué les effets de la Tramontane sur l’humeur des femmes, plus précisément sur l’humeur des nôtres. Ce soir, nous allumons chacun un Cohiba et échangeons nos impressions sur le fameux Cahier Noir de Joë Bousquet.

Théoriquement, nous sommes là pour travailler, tous les deux. Mais nous avons beau nous enfermer dans cette chambre et avoir tout ce qu’il faut sous la main, nous ne trouvons jamais le temps de nous y mettre.

Le matin, je me penche à ma fenêtre. Il se penche à la sienne et nous convenons d’une longue ballade dans les environs, peut-être Queribus, Peyrepertuse ou Aguilar ou encore Montségur si le temps reste clair.

Quelquefois, si j’entends de la musique, je vais voir ce qu’il fabrique. Et c’est le moment qu’il choisit pour s’accorder une pause. Il m’entraîne à l’écart, il me dit qu’il y a des problèmes, qu’il ne parvient pas à obtenir ce qu’il veut, qu’il se retient de ne pas casser quelque chose. Je lui réponds que j’éprouve ce genre de sentiments lorsque j’écris un livre et que je ne vois pas pourquoi il aurait la vie plus facile. Surtout qu’il est plus jeune que moi.

Depuis des heures, le vent est si violent qu’il ne peut enregistrer. Selon moi, il y en a pour des jours, mais je ne fais pas de commentaires. Il se lève et me dit  » Viens voir… Regarde là, mets ton doigt…!  » Effectivement, je sens quelque chose : un petit courant d’air frais, de la taille d’une aiguille, qui se glisse à la jointure d’un carreau. Nous décidons d’enregistrer les subtiles variations de son sifflement. Cela peut toujours servir.

L’autre soir, nous avons eu des chants d’oiseaux et les cloches de l’église. A Boston, c’était le chant des baleines et à Florence, celui des rossignols et des rumeurs de la plazza Michelangelo. Nous n’avons jamais réussi à travailler sérieusement, tous les deux. A Engelberg, il me promenait dans la montagne, me forçait à emprunter les téléphériques au fond desquels j’agonisais.

De temps en temps, nous nous regardons en souriant et commandons quelques verres pour nous éclaircir la gorge. Nous attendons le bulletin de la météo. Nous écoutons la musique des autres. Projetons un pique-nique pour demain soir, au pied du château de Queribus, avec des nappes blanches, des chandeliers, et des verres de cristal. Envisageons d’aller enregistrer le prochain album à Santa-Fé. Cherchons à savoir combien de temps nous tiendrons.

Quoi qu’il en soit, je considère que nos tête-à-tête sont de la plus haute importance. D’ailleurs, lorsque je retourne à ma chambre, ma femme allume la lumière et me demande si je ne suis pas trop fatigué. »

© Electric Unicorn, 02/1993

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Préface du « Maillot à pois du meilleur grimpeur »

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In Le maillot à pois du meilleur grimpeur, recueil de chroniques publié en avril 1993 aux Éditions L’Incertain (ouvrage aujourd’hui épuisé). David Angevin n’est autre que le frère d’Année, la femme de Djian…
Il est également l’auteur de plusieurs romans dont Les aigus Bee-Gees (L’Incertain, 1994).

« Il n’y a pas de plus grande joie, pour un écrivain, que d’être publié. Le jour où les contrats sont arrivés, David m’a téléphoné. Surtout pour me dire qu’il venait de retrouver son chat au beau milieu de la rue, aplati comme une galette. Je l’ai donc écouté gémir au bout du fil. Mais je crois que c’est une bonne chose. En général, un jeune écrivain se réjouit toujours trop à l’avance. Moi-même, à l’époque, j’avais eu l’impression que ma vie s’en était illuminée d’un seul coup. Je n’avais pas de chat, ni de chien, ni rien qui puisse m’ouvrir les yeux. Je pense que j’aurais dû accueillir cette vie avec moins d’enthousiasme – cette vie à écrire des livres, s’entend. Quant à David, j’espère qu’il sait à quoi s’en tenir, à présent, j’espère qu’il a saisi le message.

Comme on le découvrira en lisant Le maillot à pois du meilleur grimpeur, l’auteur entretenait des relations très étroites avec le défunt. Désormais, il ne lui reste plus que sa raquette de tennis et sa femme, et il devra faire avec. Picasso disait : « Quand tu sais dessiner avec un crayon, jette le crayon ! ». Rien ne doit effrayer un écrivain. Ni la perte d’un compagnon, ni la perspective de vivre avec une femme, ni la peur de se prendre un revers lifté en pleine poire. Lorsqu’il aura surmonté toutes les épreuves, il devra encore affronter la solitude et ce combat-là ne prendra jamais fin. C’est dire qu’il aura toujours de quoi se mettre sous la dent, et qu’il aura toujours au moins un mur à qui parler. C’est dire que je ne me fais pas de soucis pour David. J’ai raccroché discrètement tandis qu’il continuait de verser des larmes sur son petit confident. Consoler un écrivain, c’est lui ôter le pain de la bouche. S’il s’agit d’un jeune écrivain, c’est comme effectuer un strip-tease devant un séminariste.

Aujourd’hui, les nouveaux venus sont prompts à dégainer. On dirait qu’ils n’ont pas de temps à perdre, refusent de traîner et vous envoient la chevrotine au visage. Ils écrivent court, le temps d’une respiration, mais l’important est de viser juste. C’est un peu agaçant pour les gens qui font des romans. Quoi qu’il en soit, l’avenir est de leur côté, forcément, surtout lorsque le talent s’en mêle. Et s’il arrive qu’au talent vienne s’ajouter le regard, la sincérité et l’énergie, on ne sait pas jusqu’où cela peut aller. On rencontre souvent ces ingrédients, à la lecture du Maillot à pois du meilleur grimpeur. Parfois, ils se trouvent réunis en quelques lignes. Je suis toujours étonné et heureux qu’un jeune écrivain réussisse une mayonnaise du premier coup. Il n’y a rien de meilleur. David m’a déclaré qu’il serait très honoré que j’écrive deux ou trois mots à propos de son ouvrage. En fait, tout l’honneur est pour moi. »

Philippe Djian (1993)

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