« Quand je travaillais au sous-sol… », par Philippe Djian (Le Nouvel Obs, 03/02/11)

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La maison Gallimard  fête ses 100 ans.
Pour son bicentenaire, je ne serai pas là. Le monde  aura changé.
Quelques formes apparaîtront dans la brume. Quelques rocs 
insubmersibles qui auront traversé le brouillard et se dresseront devant
  nous, absolument intacts. Splendides.

Lorsque j’évoque la maison Gallimard
avec mon agent Andrew Wylie, celui-ci en revient toujours à cet effet 
de subjugation qu’elle produit sur lui, qui le saisit rien que d’y 
penser, me déclarant aussitôt qu’il n’y a pas d’équivalent au monde, 
qu’elle est la maison d’édition, qu’aucune autre ne brille d’un
  tel éclat, ne suscite autant d’admiration, ne jouit d’un tel prestige.
  Je suis d’accord. J’acquiesce. Dans les années 1990, un dimanche,
Louise  Bourgeois m’avait ouvert les portes de sa maison, sans me
connaître,  simplement parce que j’étais publié dans la Blanche(*). Andrew
n’est pas  étonné. Les plus gros éditeurs de la planète, les américains
et les  autres, et même les japonais, soupire-t-il, en sont dingues, et
chacun  d’eux donnerait un bras pour avoir cette aura – c’est comme ça,
c’est un  fait, et la place n’est pas à prendre.

Lorsque j’avais 14 ou 15 ans
et que je travaillais au magasin – le plus souvent au sous-sol, 
empaquetant des livres pour Morand, Queneau et tutti quanti -, j’étais 
loin d’imaginer que les étages, au-dessus de ma tête, grimpaient 
jusqu’au ciel – je commençais juste à lire.

Ph.D.

(*) Premier titre paru chez Gallimard : Sotos, en 1993.

Le Nouvel Observateur, 3 février 2011

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