Préface du « Maillot à pois du meilleur grimpeur »

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In Le maillot à pois du meilleur grimpeur, recueil de chroniques publié en avril 1993 aux Éditions L’Incertain (ouvrage aujourd’hui épuisé). David Angevin n’est autre que le frère d’Année, la femme de Djian…
Il est également l’auteur de plusieurs romans dont Les aigus Bee-Gees (L’Incertain, 1994).

« Il n’y a pas de plus grande joie, pour un écrivain, que d’être publié. Le jour où les contrats sont arrivés, David m’a téléphoné. Surtout pour me dire qu’il venait de retrouver son chat au beau milieu de la rue, aplati comme une galette. Je l’ai donc écouté gémir au bout du fil. Mais je crois que c’est une bonne chose. En général, un jeune écrivain se réjouit toujours trop à l’avance. Moi-même, à l’époque, j’avais eu l’impression que ma vie s’en était illuminée d’un seul coup. Je n’avais pas de chat, ni de chien, ni rien qui puisse m’ouvrir les yeux. Je pense que j’aurais dû accueillir cette vie avec moins d’enthousiasme – cette vie à écrire des livres, s’entend. Quant à David, j’espère qu’il sait à quoi s’en tenir, à présent, j’espère qu’il a saisi le message.

Comme on le découvrira en lisant Le maillot à pois du meilleur grimpeur, l’auteur entretenait des relations très étroites avec le défunt. Désormais, il ne lui reste plus que sa raquette de tennis et sa femme, et il devra faire avec. Picasso disait : « Quand tu sais dessiner avec un crayon, jette le crayon ! ». Rien ne doit effrayer un écrivain. Ni la perte d’un compagnon, ni la perspective de vivre avec une femme, ni la peur de se prendre un revers lifté en pleine poire. Lorsqu’il aura surmonté toutes les épreuves, il devra encore affronter la solitude et ce combat-là ne prendra jamais fin. C’est dire qu’il aura toujours de quoi se mettre sous la dent, et qu’il aura toujours au moins un mur à qui parler. C’est dire que je ne me fais pas de soucis pour David. J’ai raccroché discrètement tandis qu’il continuait de verser des larmes sur son petit confident. Consoler un écrivain, c’est lui ôter le pain de la bouche. S’il s’agit d’un jeune écrivain, c’est comme effectuer un strip-tease devant un séminariste.

Aujourd’hui, les nouveaux venus sont prompts à dégainer. On dirait qu’ils n’ont pas de temps à perdre, refusent de traîner et vous envoient la chevrotine au visage. Ils écrivent court, le temps d’une respiration, mais l’important est de viser juste. C’est un peu agaçant pour les gens qui font des romans. Quoi qu’il en soit, l’avenir est de leur côté, forcément, surtout lorsque le talent s’en mêle. Et s’il arrive qu’au talent vienne s’ajouter le regard, la sincérité et l’énergie, on ne sait pas jusqu’où cela peut aller. On rencontre souvent ces ingrédients, à la lecture du Maillot à pois du meilleur grimpeur. Parfois, ils se trouvent réunis en quelques lignes. Je suis toujours étonné et heureux qu’un jeune écrivain réussisse une mayonnaise du premier coup. Il n’y a rien de meilleur. David m’a déclaré qu’il serait très honoré que j’écrive deux ou trois mots à propos de son ouvrage. En fait, tout l’honneur est pour moi. »

Philippe Djian (1993)

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