Préface à « Claude Lazar », de Francis Parent (Ed. Art in Progress, 2006)

 

 

Claude Lazar

 

« Les acteurs ne sont pas encore là, mais ils vont arriver. Les décors sont en place. Le jour se lève, les ombres s’éloignent ; Les titres évoquent des bribes de dialogues, des pensées fulgurantes, des rires, d’innocents lambeaux de quotidien. Il ne reste plus qu’à attendre.

Il y a des lits, des fauteuils, de l’espace. Tout est prêt pour les accueillir ; Maintenant, ils devraient arriver. Non, Les sièges semblent confortables, les matelas de bonne qualité.

Je ne sais pas si Claude Lazar parle d’avant ou d’après, à la réflexion. Si  l’on doit voir dans son travail l’imminence de l’occupation ou la trace d’un passage. En tout cas, les particules de poussière demeurent en suspension, tourbillonnant sur elles-mêmes.

Il est rare qu’un artiste fasse à ce point état du vide, de l’absence. Encore plus rare qu’il le fasse avec une telle obstination et une telle franchise. Ce vide est tellement vide qu’il s’oblige à y placer quelques pièces de mobilier pour ne pas être accusé d’exagération morbide et par là donner à penser que ce monde est effrayant, ce qu’il n’est pas, bien sûr, le monde est simplement tel qu’il est, d’une aridité somptueuse, permanente, silencieuse et lisse.

Plus un homme est solitaire et plus il a le sourire facile comme le combat d’un rayon de soleil contre les parois d’une chambre obscure, une fenêtre ouverte sur le néant du ciel ou la silhouette d’une femme à condition qu’elle soit toujours de dos. Plus un homme peint de chambres vides et plus sa vie s’emplit. Plus il grandit et plus l’univers se fige, et rapetisse, donnant parfois un pur joyau, un pur désespoir authentique, sans chichis. Au moins sommes nous sûrs de ça. Au moins sommes nous sûrs de la justesse du regard intérieur. Comme du silence de ces pièces où les parquets ne grincent pas.

Philippe Djian »

 

Dernière ligne droite, de Claude Lazar - 2005

 

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