Philippe Djian : La guerre des passions (Le Berry Républicain, 12/03/17)

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Pour son nouveau roman, Marlène (Gallimard), Philippe Djian nous glisse dans la peau de deux vétérans d’Irak. Et de plusieurs femmes.Depuis le temps qu’on le fréquente, on pouvait penser avoir croisé, entre ses lignes, toutes les noirceurs de notre temps, toutes les faiblesses de l’âme humaine, toutes les folies de nos amours tantôt foutraques, tantôt juste belles. Dans Marlène (Gallimard), l’auteur à la vingtaine de romans, dont une jolie série adaptée au cinéma (le dernier, Elle, de Verhoeven, a cartonné aux Césars avant d’abdiquer aux Oscars) abandonne un temps le monde des écrivains maudits pour plonger dans celui des vétérans d’Irak.
On est aux États-Unis sans doute ; on pourrait aussi bien être ailleurs, dans n’importe quel pays où le ciel vibre de couleurs, les nuages filent et les tempêtes se déchaînent, à l’horizon comme dans les passions. Dan et Richard sont revenus de guerres extérieures, mais leurs êtres n’en finissent pas de lutter contre des ennemis intérieurs bien plus destructeurs. Pour gagner, Dan s’accroche à une normalité refroidie, quand Richard part en vrille, laissant son couple exsangue mais toujours vivant.

On a une faiblesse pour son ton heurté et chaud, pour la pluie qui frappe à nos imaginations, les éléments et les passions qui se déchaînent. Sauf que rien ne va jamais si mal, ou si bien, dans l’univers djianesque. Sa langue le rappelle, qui travaille le sens au corps, épure, rompt, éclaire, poétise, saisit, dans un subtil mélange de classicisme et de création. Comme un chien dans un jeu de quille, Marlène, la belle-sœur de Richard, débarque, enceinte et fauchée. Séduisante et déstabilisante. Un équilibre s’instaure, jusqu’à ce que tout bascule. Il est comme ça, Djian, ne laissant jamais ses lecteurs se reposer sur leurs lauriers. Bousculant les a priori, rompant les charmes, faisant bouger les lignes. Usant de poésie comme de la plus grande trivialité, d’une tendresse folle comme d’une violence brute. Peut-être ne nous bouleverse-t-il pas autant qu’il a pu le faire d’autres fois, mais on se sent, dans ses romans, comme en terrain connu. On cherche ses chausse-trappes, ses inventions et ses belles images, et l’on aime à s’y laisser prendre ou à les déjouer. On a une faiblesse pour son ton heurté et chaud, pour la pluie qui frappe à nos imaginations, les éléments et les passions qui se déchaînent, peu importent les raisons. Djian reste Djian, une pâte qu’on malaxe avec plaisir.

Blandine Hutin-Mercier, Le Berry Républicain, 12/03/17

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