Philippe Djian : « Biarritz, une longue histoire d’amour » (La Dépêche, 06/02/11)

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Né le 3 juin 1949 à Paris, Philippe Djian est l’auteur de Bleu
comme l’enfer
, Zone érogène, 37°2 le matin, Echine… Son
dernier roman s’intitule « Incidences » et explore le désarroi d’un
professeur d’université attiré par ses jolies élèves jusqu’à ce que…

On sait que vous fuyez les cocktails mondains ou littéraires…

Je déteste ça en effet, et je le laisse volontiers à d’autres.
J’essaye de ne pas trop me montrer, non par coquetterie, mais parce que
je n’y trouve aucun intérêt. Je reviens de Cannes, et j’ai vu ces
soirées : j’ai tenu cinq minutes… Ici, par exemple, puisqu’un ami est
là, (lorsqu’on lui a appris en arrivant qu’Antoine de Caunes était à
Toulouse, il s’est précipité sur son portable pour l’appeler et arranger
une soirée) on va se débrouiller pour échapper au repas officiel et se
retrouver en petit comité.

On a de vous l’image d’un écrivain pudique. Lire ses textes en public aide-t-il à surmonter cette pudeur ?

J’assume tout ce que j’écris. Je n’ai aucune crainte ou timidité à
lire mes textes : j’ai même une sorte d’orgueil. Etre écrivain est
magnifique – pas être Philippe Djian, mais écrivain. C’est génial de
travailler un matériau qui est celui de la communication. Pour moi, la
littérature, c’est le lieu de la réflexion. C’est là que je peux,
peut-être, apporter ma pierre à l’édifice de la société. La place de
l’écrivain dans la société est très importante.

Les lieux sont très importants dans vos livres. Influencent-ils vos personnages ?

C’est la langue qui induit tout. La première phrase m’indique tout de
suite le lieu, la ville, les personnages. Je ne choisis pas :
j’atterris là, comment je fais maintenant, je regarde où ? C’est un
mélange d’endroits que j’ai connus- les États-Unis, Florence, Lausanne-,
jamais un seul. Mes personnages sont proches de la ville, sans y être
vraiment. Je dois être un peu schizophrène : j’ai besoin de la ville,
mais je la déteste quand j’y suis !

Le Sud-Ouest tient tout de même à part dans votre parcours…

Oui, c’est sûr. Je me suis installé dans les Corbières à 25 ans,
juste après mon mariage. C’est là qu’est né mon fils, Loïc. Plus tard,
j’ai vécu à Fitou, dans les Pyrénées Orientales. On a restauré une
bergerie avec mon frère… Et après « 37°2 », quand j’ai pu décider de
vivre où je voulais, j’ai choisi Biarritz…

On connaît bien votre attachement pour Biarritz. Comment avez-vous découvert le Pays basque ?

De Caunes ! Je retapais une maison dans les Corbières et voulais
bouger un peu. Antoine m’a dit : « Viens vivre à Biarritz ! », et j’ai
mis mes affaires dans une malle… Biarritz, c’est une longue histoire
d’amour… Quand je revenais de Boston, c’est là que je retournais. Depuis
janvier, j’y habite à plein-temps. On est au bout du bout du bout… Le
soir, je vais dîner en Espagne… On ne se dit jamais « je suis coincé »
au Pays basque. Quand j’y suis, j’ai le sentiment d’être loin. Et puis
il y a l’océan, l’arrière-pays est magnifique, j’adore le piment
d’Espelette et les Basques m’amusent !

Un autre lieu du Sud-Ouest est devenu mythique grâce à vous : Gruissan et les fameux bungalows de  »37°2 »…

Je n’y suis pourtant jamais allé ! C’est le type que Beineix avait
envoyé en repérage qui les a trouvés. Beineix m’a téléphoné : « Tu
déconnes ou quoi ? Y a ces bungalows à dix minutes de chez toi ! » Mais
je ne les connaissais pas ! A l’époque, j’allais me baigner aux étangs
de Bages !

Frédéric Charmeux, La Dépêche, 06/02/11


Adapté par André Téchiné

Après Incidences et La fin du monde, où il frottait sa prose
fulgurante aux peintures de Horst Haack, et après une tournée de «
concerts littéraires » en compagnie de Stephan Eicher (encore des dates
jusqu’en mai, hélas, rien par ici…), Philippe Djian sera à nouveau au
générique de films de cinéma. Cela ne lui était plus arrivé depuis Bleu comme l’enfer, tourné à Decazeville, et 37°2 le matin, à
Gruissan en 1986. Deux de ses livres ont été adaptés et l’on verra en
2011 Incidences, réalisé par les frères Larrieu et Impardonnables
qu’André Téchiné vient de finir, avec Carole Bouquet, André Dussollier
et Mélanie Thierry. « Je n’ai pas participé aux scénars, confie
l’écrivain. Les Larrieu sont déjà deux, ils n’ont pas besoin de moi –
quant à Téchiné, il est assez grand pour se débrouiller tout seul… mais
je suis curieux de voir comment il a transposé le Pays basque à Venise… »

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