« Impardonnables », d’A. Téchiné : « Le mystère s’est évaporé tôt », par Michel Guilloux (L’Humanité, 17/05/11)

Quinzaine des réalisateurs

Le mystère s’est évaporé tôt

 

 

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs hier, Impardonnables, d’André Téchiné, transpose à Venise le roman de Philippe Djian. Avec Carole Bouquet, André Dussollier et Adriana Asti. 

Impardonnables, d’André Téchiné, France, 1 h 51

En appeler à Schopenhauer pour conjurer la suite ? C’est ce à quoi se livre en préambule Francis, le personnage d’écrivain interprété par André Dussollier qui cite le philosophe sur les mystères similaires des actes de créer et de procréer. L’essentiel d’Impardonnables se joue ensuite entre deux séquences de lent et beau travelling sur un quai, seul avant une fin ouverte, en compagnie d’une femme, Judith, au début. L’écrivain se déplace de Paris à Venise, comme le film, adapté du roman éponyme de Philippe Djian, situé au Pays basque. Et si les prénoms des autres protagonistes de l’histoire sont de même conservés, leurs relations en seront d’autant revisitées.

L’ensemble ne manque pas de fulgurances : des plans de lagune posés à point ; installer son Francis dans une île à l’écart, face à des vignes, permet de retrouver un point d’ancrage à l’écrivain comme au cinéaste ; l’art de capter les silences des êtres comme le bruit du vent dans les feuillages… À une Carole Bouquet impeccable en Judith, femme aux sentiments fermés à clef, le déplacement s’enrichit d’une belle galerie de figures, de voix et de corps italiens : à commencer par l’actrice pasolinienne Adriana Asti ou, côté ragazzi ténébreux, Mauro Conte et Andrea Pergolesi. Adaptation d’une œuvre littéraire doublée d’une commande de producteur, cela a-t-il trop pesé ? La fin se noie une demi-heure durant dans les explications superfétatoires de ce qui aurait pu continuer de cheminer en souterrain. Dommage, on aurait aimé être du voyage.

 

Michel Guilloux, L’Humanité, 17/05/11

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