Foire du livre à Francfort : entrez donc dans la forêt virtuelle des Djian, père et fils (Libération, 12/10/17)

Walden

Le père et le fils ont lancé un objet littéraire numérique et immersif.

Dans un espace du pavillon français à la Foire du livre de Francfort, le visiteur pénètre dans une forêt. Virtuellement. Walden, «une forêt culturelle 2.0», se présente comme une plateforme culturelle immersive et interactive, imaginée et conçue par l’écrivain Philippe Djian (le père) et le réalisateur Loïc Djian (le fils). «C’est un projet père-fils, explique Loïc Djian. Depuis huit ans, nous avions en tête un projet Walden, qui serait un label destiné à de la littérature un peu musicale. Il a refait surface il y a un an et demi, à la faveur de rencontres et du potentiel des outils technologiques.» Walden, comme l’étang au bord duquel le philosophe Henry David Thoreau a vécu en ermite, comme une expérience d’immersion sensitive. « »Bruits »est mon chapitre préféré dans le livre de Thoreau [paru en 1854, ndlr] qui parle de l’importance donnée à l’observation des sons de la nature», poursuit Loïc Djian, 42 ans.

Sur la Foire, Walden se décline comme un chemin de voix de neuf stations. Il faut chausser les lunettes VR pour ensuite évoluer dans un paysage d’arbres, de forêt, de prairies et de grottes. Un casque audio permet d’entendre différentes interprétations d’auteurs et de comédiens, comme Isabelle Huppert, Yasmina Reza, Isabelle Carré, Marie Darrieussecq, Philippe Djian, Charles Berling et Alain Mabanckou. Libre à l’auditeur-spectateur de choisir entre quatre ambiances sonores. Il y a la correspondance de Rilke-Marina Tsvetaïeva pour qui «aucune langue n’est langue maternelle», le poème «Tu es plus belle que le ciel et la mer» de Blaise Cendrars (ou «Quand tu aimes, il faut partir»), un choix de quatre auteurs par Alain Mabanckou, dont Jean-Joseph Rabearivelo, le «Rimbaud africain»… L’idée majeure est d’emmener «aux frontières de la langue française», avec des auteurs qui ont écrit dans d’autres langues que leur langue maternelle en raison de l’exil ou par choix, comme Beckett, Ionesco, Cioran.

Le site lui-même, lancé mercredi au premier jour de la Foire qui met la France à l’honneur, est conçu comme un jeu d’exploration au sein d’une vaste forêt. Il y a une clairière de départ, carrefour à six choix. Comme le chemin vient de s’ouvrir, toutes les bifurcations ne débouchent pas sur de la matière. Il faudra revenir mi-octobre, ou en janvier… une newsletter informe des mises à jour. Walden dévoilera peu à peu ses contenus à intervalles réguliers concernant les chemins littéraires (réflexions approfondies sur des auteurs) ou sa partie allée des disques dans laquelle est annoncé Moondog de Stéphane Eicher pour le 1er janvier et un autre projet de Mathieu Amalric sur des commentaires d’albums de John Zorn. Il se trouve même une résidence d’auteurs au milieu des bois, dans un hôtel baptisé le «Lodge». Yasmina Reza y sera à partir du 1er novembre pendant trois mois ; Marie Darrieussecq à partir du 1er janvier pour «Ovide en exil» ; il y aura aussi un certain Dan Miller, pseudo d’un écrivain français, ou encore Jean-Philippe Toussaint. Ils parleront de leurs lectures, mettront des vidéos en avant, etc.

Financé conjointement par le Centre national du livre (CNL), la Fondation Jan Michalski et l’Institut français, Walden est totalement gratuit. «Nous avons décidé de pratiquer le freemium pour créer des archives», explique Loïc Djian. L’idée est de, à terme, une fois le projet d’un auteur ou artiste terminé, d’en faire une application payante.

Frédérique Roussel, Libération, 12/10/17

Walden, le site


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2 réflexions au sujet de « Foire du livre à Francfort : entrez donc dans la forêt virtuelle des Djian, père et fils (Libération, 12/10/17) »

  1. Salut David,j’ai hâte d’avoir la version tablette. Aucun autre moyen d’accéder au site d’immersion sensitive Walden.
    Remarque, j’ai la bande-annonce du générique. Les bruits. C’est déjà pas mal… S’imprégner de la forêt plutôt que d’en exploiter son univers.Sagesse contemplative.

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