Entretien avec Philippe Djian à Milan (Le Petit Journal, 25/01/11)

Philippe Djian est un écrivain reconnu dans le monde de la littérature contemporaine depuis ses premiers romans, Bleu comme l’enfer le 3e et surtout 37°2 le matin sorti en 1985 qui, mis à l’écran, révéla à la fois le talent de l’écrivain et une actrice provocatrice du nom de Béatrice Dalle. Depuis, les romans de Philippe Djian s’enchainent et il était à la fnac de Milan mercredi dernier pour présenter son dernier livre, traduit en italien Incidenze, qui vient de paraitre aux éditions Voland. Lepetitjournal.com y était. Extraits…

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(photo lepetitjournal.com – Philippe Djian)

Interviewé par Luca Crovi, critique musical devenu critique littéraire, Philippe Djian a parlé de sa façon d’écrire et de son roman paru en France au printemps 2010. Dans Incidences, Djian plante rapidement son décor morbide, avec un personnage principal, Marc, qui doit vivre avec ce meurtre et reprendre le cours de sa vie, son métier, en choisissant d’évacuer cette affreuse pensée – celle d’être un meurtrier- . Des phrases courtes, martelées, qui intriguent et poussent à connaitre la suite, pour voir comment le personnage principal de ce roman va se sortir de cette ambiance oppressante. Comme dans tous les romans de Djian, la mort, l’amour, la famille et les rapports entre les hommes sont omni présents.

Luca Crovi : Philippe Djian, vous aimeriez être une Rock Star ?
Philippe Djian : Je ne suis pas une rock star mais j’ai été influencé par les idoles de mon temps, de Bob Dylan à Léonard Cohen, des artistes dont le travail est immédiatement reconnu lorsqu’ils sont sur scène, contrairement à l’écrivain, pour qui la reconnaissance n’arrive pas tout de suite.

Quel est l’élément supérieur à l’autre dans vos romans : le style ou l’histoire ?
Le style est bien supérieur à l’histoire et les détails de mes histoires n’ont pas d’importance, ce qui importe, c’est la façon de poser ses mots… J’ai beaucoup d’admiration pour Céline, pour son style, pour son type d’écriture, ses phrases courtes, sa lucidité à décrire avec émotion la tragédie de la condition humaine… Le style est le plus important pour un écrivain, qui est un artisan et dont le travail est d’essayer de proposer aux autres, un outil pour comprendre le monde.

Quand vous écrivez un roman, vous pensez au lecteur ?
Pas du tout, j’écris ce que j’ai envie de lire, j’écris pour moi. De toute façon, les lecteurs sont tous différents, ils ont tous des besoins et des attentes différentes. .. Ce qui m’intéresse dans le roman, c’est de trouver la bonne résonance entre les mots, la bonne fréquence. Depuis ma naissance, je suis sourd d’une oreille, et le monde m’apparait discordant et je ressens ce besoin de chercher la bonne harmonie.

Mais alors, qu’en est-il des traductions des romans dans d’autres langues ?
C’est un énorme problème et c’est parfois catastrophique !

Avez-vous une méthode de concentration pour écrire ?
Attention, il faut désacraliser tout cela. La littérature, ça ne vient pas comme cela, c’est un métier, et beaucoup de travail. Il faut bouger les mots, les travailler, un peu comme un ébéniste…

Dans vos  livres, les familles ont beaucoup de problèmes…
Une famille sans problème, ça n’existe pas…. La terre, ce n’est pas le paradis, c’est normal que les gens aient des problèmes entre eux, si on ne se déchire pas, on n’apprend rien des autres.

Quelle est la place de l’humour dans vos livres ?
Je fais partie d’une génération attirée par le côté ‘entertainment’ de la culture, ma jeunesse a été inondée de musique et d’images… J’ai toujours pensé que les grands écrivains étaient des malins, dans le sens où ils savent faire de l’humour. C’est quand j’ai découvert les séries télévisées comme ‘twin peaks’, ‘Soprano’, et ‘six feet under’ que j’ai décidé de me lancer dans l’écriture d’une série littéraire comme ‘Doggy bag’, pour montrer que les écrivains aussi peuvent le faire.

Le point final : A quel moment savez vous qu’il faut mettre le point final dans un roman ?
Ça ne s’explique pas, quand je sens que c’est fini, c’est fini, quand je suis fatigué de penser à cette histoire, quand je sens que l’écrivain n’a plus rien à dire sur cette histoire. 

Point final

Propos recueillis par Nathalie Lasserre, Milan, mardi 25 janvier 2011

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