Entretien avec Ph. Djian (Le Courrier, 27/04/16)

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L’écrivain français Philippe Djian évoque les ateliers d’écriture, organisés par Gallimard, qu’il anime à Genève et Paris. Il sort aussi un nouveau roman et prépare un site culturel participatif.

Le 5 avril dernier, Philippe Djian était invité à la Maison de Rousseau et de la littérature, à Genève, pour parler des ateliers d’écriture qu’il anime depuis quelques années. A ses côtés, Antoine Jaquier, auteur lausannois d’Avec les chiens (2015), développé dans ce cadre. Très répandus aux Etats-Unis, les ateliers d’écriture suscitent encore la polémique dans le monde francophone. Interview de l’auteur de 37°2 le matin, qui publie ce printemps Dispersez-vous, ralliez-vous!

Tout le monde peut-il écrire ou apprendre à écrire?
Philippe Djian:
Oui, mais de la même manière qu’on peut apprendre à dessiner: ce n’est pas parce qu’on a appris à le faire qu’il y aura forcément un intérêt. Le trait doit venir de l’intérieur, tout comme les émotions, les scènes ou les sentiments. C’est ce regard qui rend les œuvres intéressantes.

Qu’apprenez-vous à ceux qui suivent vos ateliers?
Je ne leur apprends pas à écrire, mais à éviter les écueils, à gagner du temps et à réfléchir à ce qu’ils font à l’aide d’exercices dont ils doivent respecter l’énoncé. Il n’y a pas de manière d’apprendre à écrire, plutôt une façon d’apprendre à ressentir. A Genève, j’en ai eu l’un des plus beaux exemples avec une participante dont les premiers écrits, franchement mauvais, se sont transformés en un texte sublime à la fin.

Est-ce que le style doit avoir une particularité pour retenir l’attention des lecteurs?
Il doit être en adéquation avec le monde dans lequel on vit, retenir sa vibration mais aussi son tempo, sa coloration, grâce à l’angle et au point de vue adoptés. Le style doit primer sur l’histoire, parce que c’est lui qui attire et captive les lecteurs. L’Attrape-cœurs de Salinger, que j’ai lu à l’adolescence, en est l’exemple parfait: pour la première fois de ma vie, il y avait un garçon de mon âge qui me parlait de choses qui m’intéressaient, et dans un langage qui rendait son récit authentique.

Quelle est d’après vous la différence entre un écrivain et un journaliste?
A priori, le journaliste n’a pas besoin de s’intéresser particulièrement au style. Un écrivain, c’est la seule chose qui doit lui importer. La raison est que le journaliste est obligé de travailler sur un thème ou sur une histoire qu’il doit traiter en tant qu’information. Et souvent, il doit mettre les choses intéressantes au début. Pas l’écrivain. D’ailleurs, j’ai failli devenir journaliste, mais j’y ai renoncé car, d’après mes professeurs, je n’étais pas assez objectif.

Comment inciter à lire les jeunes, moins friands de lecture que leurs aînés?
Ils sont saturés de musique, de jeux, d’images. Si on ne leur donne pas l’équivalent, c’est normal qu’ils désertent la lecture. Actuellement, je suis en train de mettre au point un site numérique qui sera un forum culturel conçu comme un jeu vidéo. Les visiteurs entreront dans une forêt animée par la musique et des images susceptibles de les intéresser. L’objectif est de leur faire découvrir la culture et l’écrit autrement, dans un environnement qui les amuse et leur plaît parce qu’il est interactif, immersif, participatif. Ce site sera présenté à la Foire du Livre de Francfort en 2017, où la France est invitée d’honneur.

Qu’est-ce qu’un livre peut apporter à ses lecteurs?
C’est une manière de regarder, de penser le monde. Et c’est à travers la langue et le style que les gens changent et s’ouvrent.

 

Anna Aznaour, Le Courrier, 17/05/16

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